Morceaux
choisis
Élisabeth Begon
Jacques Cartier
Samuel de Champlain
Le père Charlevoix
Le père Le Jeune
Le père Sagard
Pour aller plus loin
Louis-Armand de
la Hontan
Marie de
l'Incarnation
Marc Lescarbot
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Début du chapitre |
« songe à te faire Huron pour vivre longtemps »
Le baron de la Hontan (1666-1715) vient en
Nouvelle-France,
comme officier, dès l'âge de dix-sept ans, pour y refaire la fortune
familiale. Il y reste
dix ans. De retour en France, il publie avec beaucoup de succès, à partir de
1703, des Lettres, les Dialogues avec un Sauvage, et des Mémoires. Ses livres font scandale, car il attaque la civilisation
européenne et la religion. Il
porte un regard très sympathique sur les Indiens. Son œuvre va
inspirer à Jean-Jacques Rousseau le « mythe du bon sauvage». Dans l'extrait
qui suit, il rapporte le dialogue fictif entre un personnage qui porte son
nom et un Huron du nom d'Adario. L'Amérindien essaie de convaincre le
Français de se faire Huron.
Adario
[...]
Crois-moi, mon cher frère, songe à te faire Huron pour vivre longtemps. Tu
boiras, tu mangeras, tu dormiras et tu chasseras en repos; tu seras
délivré des passions qui tyrannisent les Français ; tu n'auras que faire
d'or ni d'argent pour être heureux ; tu ne craindras ni voleurs ni
assassins ni faux témoins ; et si tu veux devenir le roi de tout le monde,
tu n'auras qu'à t'imaginer de l'être et tu le seras.
La Hontan
Écoute, il faudrait pour cela que j'eusse commis en France de si grands
crimes qu'il ne me fût permis d'y revenir que pour y être brûlé, car, après
tout, je ne vois point de métamorphose plus extravagante à un Français que
celle de Huron. Est-ce que je pourrais résister aux fatigues dont nous avons
parlé ? Aurais-je la patience d'entendre les sots raisonnements de vos
vieillards et de vos jeunes gens, comme vous faites, sans les contredire ?
Pourrais-je vivre de bouillons, de pain, de blé d'Inde, de rôti et bouilli
sans poivre ni sel ? Pourrais-je me colorer le visage de vingt sortes de
couleurs comme un fou ? Ne boire que de l'eau d'érable ? Aller tout nu
durant l'été, me servir de vaisselle de bois ? M'accommoderais-je de vos
repas continuels où trois ou quatre cents personnes se trouvent pour y
danser deux heures devant et après ? Vivrais-je avec des gens sans civilité
qui, pour tout compliment, ne savent qu'un je t'honore ? Non, mon
cher Adario, il est impossible qu'un Français puisse être Huron, au lieu que
le Huron se peut aisément faire Français.
Adario
À ce compte-là, tu préfères l'esclavage à la liberté ; je n'en suis pas
surpris après toutes les choses que tu m'a soutenues. Mais si, par hasard,
tu rentrais en toi-même et que tu ne fusses pas si prévenu en faveur des
mœurs et des manières des Français, je ne vois pas que les difficultés dont
tu viens de faire mention fussent capables de t'empêcher de vivre comme
nous. Quelle peine trouves-tu d'approuver les contes des vieilles gens comme
des jeunes ? N'as-tu pas la même contrainte quand les Jésuites et les gens
qui sont au-dessus de toi disent des extravagances ? Pourquoi ne vivrais-tu
pas de bouillons, de toutes sortes de bonnes viandes ? Le perdrix, poulets
d'Inde, lièvres, canards, chevreuils ne sont-ils pas bons, rôtis et bouillis
? À quoi servent le poivre, le sel et mille autres épiceries si ce n'est à
ruiner la santé ? Au bout de quinze jours, tu ne songerais plus à ces
drogues. Quel mal te feraient les couleurs sur le visage ? Tu te mets bien
de la poudre et de l'essence aux cheveux et même sur les habits ? N'ai-je
pas vu des Français qui portent des moustaches, comme les chats, toutes
couvertes de cire ? Pour la boisson d'eau d'érable, elle est douce,
salutaire, de bon goût et fortifie la poitrine ; je t'en ai vu boire plus de
quatre fois. Au lieu que le vin et l'eau-de-vie détruisent la chaleur
naturelle, affaiblissent l'estomac, brûlent le sang, enivrent et causent
mille désordres. Quelle peine aurais-tu d'aller nu pendant qu'il fait chaud
? Au moins tu vois que nous ne le sommes pas tant que nous n'ayons le devant
et le derrière couverts. II vaut bien mieux aller nu que de suer
continuellement sous le fardeau de tant de vêtements les uns sur les autres.
[...]
(Dialogues de monsieur le baron de la Hontan et d'un
Sauvage, 1703)
Question
- Relevez les arguments
de la Hontan et d'Adario? Que penser de l'argumentation du Huron?
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