Morceaux choisis

Élisabeth Begon

Jacques Cartier

Samuel de Champlain

Le père Charlevoix

Le père Le Jeune

Le père Sagard


Pour aller plus loin

Louis-Armand de la Hontan

Marie de l'Incarnation

Marc Lescarbot

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Début du chapitre

L'annonce faite à Marie

Marie de l'Incarnation (1599-1672) naît à Tours sous le nom de Marie Guyart. Elle se marie en 1617, met au monde un fils, perd son mari. À 32 ans, elle entre chez les Ursulines. L’année suivante, elle aurait eu une révélation lui ordonnant de venir en Nouvelle-France fonder un monastère (voir l'extrait). Elle arrive à Québec en 1639. Elle a laissé des écrits spirituels et une abondante correspondance.

Comment Dieu dans un ravissement me fit connaître sa volonté de se servir de moi pour la mission du Canada, et des moyens qu'il employa pour en venir à l'effet

[...] un jour que j'étais en oraison devant le très saint Sacrement, appuyée en la chaise que j'avais dans le chœur, mon esprit fut en un moment ravi en Dieu, et ce grand pays qui m'avait été montré en la façon que j'ai décrite ci-devant me fut de nouveau représenté avec toutes les mêmes circonstances.

Lors, cette adorable Majesté me dit ces paroles: « C'est le Canada que je t'ai fait voir ; il faut que tu y ailles faire une maison à Jésus et à Marie. »

Ces paroles qui portaient vie et esprit en mon âme, la rendirent en cet instant dans un anéantissement indicible au commandement de cette infinie et adorable Majesté, laquelle lui donna force pour répondre en disant: « O mon grand Dieu! Vous pouvez tout, et moi je ne puis rien; s'il vous plaît do m'aider, me voilà prête. Je vous promets de vous obéir. Faites en moi et par moi votre très adorable volonté. »

Il n'y eut point là de raisonnement ni de réflexion : la réponse suivit le commandement, ma volonté ayant été à ce moment unie à celle de Dieu; d'où s'ensuivit une extase amoureuse dans laquelle cette infinie Bonté me fit des caresses que langue humaine ne pourrait jamais exprimer, et à laquelle succédèrent de grands effets intérieurs de vertu.

Je ne voyais plus d'autres pays pour moi que le Canada, et mes plus grandes courses étaient dans le pays des Hurons pour y accompagner les ouvriers de l'Évangile, y étant unie d'esprit au Père Éternel, sous les auspices du sacré Cœur de Jésus, pour lui gagner des âmes. Je faisais bien des stations par tout le monde, mais les parties du Canada étaient ma demeure et mon pays, mon esprit étant tellement hors de moi et abstrait du lieu où était mon corps, qui pâtissait cependant beaucoup par cette abstraction, que même en prenant ma réfection, c'étaient les mêmes fonctions et courses dans le pays des Sauvages pour y travailler à leur conversion et y aider les ouvriers de l'Évangile.

Et les jours et les nuits se passaient de la sorte.

(Le Témoignage de Marie de l'Incarnation, I, 2, 9.)

Voir le site d'Hermann Giguère.


Question

  1. Marie de l'Incarnation était une mystique. Relevez dans ce texte tous les mots qui appartiennent au champ lexical du mysticisme.