Morceaux choisis

Élisabeth Begon

Jacques Cartier

Samuel de Champlain

Le père Charlevoix

Le père Le Jeune

Le père Sagard


Pour aller plus loin

Louis-Armand de la Hontan

Marie de l'Incarnation

Marc Lescarbot

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Début du chapitre

L’arrivée à Québec

Samuel de Champlain (1570-1635 ) est considéré comme «le père de la Nouvelle-France». Il a consacré trente ans de sa vie à l'exploration du Canada. Il a traversé plus de vingt fois fois l'Atlantique pour promouvoir la colonie. Il est le fondateur de la ville de Québec. Champlain a beaucoup écrit, des textes sans grands éclats, plutôt descriptifs. Dans le second extrait, il fait œuvre fantastique.

De l'Ile d'Orléans jusqu'à Québec il y a une lieue, et y arrivai le 3 juillet, où étant, je cherchai lieu propre pour notre habitation : mais je n'en pus trouver de plus commode, ni mieux situé que la pointe de Québec, ainsi appelé des sauvages, laquelle était remplie de noyers et de vignes. Aussitôt j'employai une partie de nos ouvriers à les abattre, pour y faire notre habitation, l'autre à y scier des ais, l'autre à fouiller la cave, et faire des fossés, et l'autre à aller quérir nos commodités à Tadoussac avec la barque. La première chose que nous fîmes fut le magasin pour mettre nos vivres à couvert, qui fut promptement fait par la diligence d'un chacun et le soin que j'en eu. Proche de ce lieu est une rivière agréable, où anciennement hiverna Jacques Cartier.

Pendant que les charpentiers, scieurs d'ais, et autres ouvriers travaillent à notre logement, je fis mettre tout le reste à défricher autour de l'habitation, afin de faire des jardinages pour y semer dos grains et graines, pour voir comme tout succéderait, d'autant que la terre paraissait fort bonne.

Cependant quantité de sauvages étaient cabanés proche de nous, qui faisaient pêche d'anguilles, qui commencent à venir comme au 15 septembre et finissent au 15 octobre. En ce temps tous les sauvages se nourrissent de cette manne, et en font sécher pour l'hiver jusque au mois de février, que les neiges sont grandes comme de deux pieds et demi et trois pieds pour le plus, qui est le temps que quand leurs anguilles et autres choses qu'ils font sécher, sont accommodées, ils vont chasser aux castors, où ils sont jusqu’au commencement de janvier. Ils ne firent pas grande chasse de castor, pour être les eaux trop grandes et les rivières débordés, ainsi qu'ils nous dirent. Quand leurs anguilles leur faillent, ils ont recours à chasser aux élans et autres bêtes sauvages, qu'ils peuvent trouver en attendant le printemps, où j'eus le moyen de les entretenir de plusieurs choses.

(Les Voyages de Champlain, III, 5)


LE GOUGOU

Il y a encore une chose étrange, digne de réciter, que plusieurs sauvages m'ont assuré être vrai : c'est que, proche de la Baie des Chaleurs, tirant au Sud, est une île où fait résidence un monstre épouvantable que les sauvages appellent Gougou, et m'ont dit qu'il avait la forme d'une femme, mais fort effroyable, et d'une telle grandeur, qu'ils me disaient que le bout des mats de notre vaisseau ne lui fut pas venu jusqu'à la ceinture, tant ils le peignent grand; et que souvent il a dévoré et dévore beaucoup de sauvages; lesquels ils met dedans une grande poche, quand il les peut attraper, et puis les mange; et disaient ceux qui avaient évité le péril de cette malheureuse bête, que sa poche était si grande, qu'il y eut pu mettre notre vaisseau. Ce monstre fait des bruits horribles dedans cette île, que les sauvages appellent le Gougou; et quand ils en parlent, ce n'est que avec une peur si étrange qu'il ne se peut dire plus, et m'ont assuré plusieurs l'avoir vu. Même ledit sieur Prévert de Saint Malo, en allant à la découverture des mines, ainsi que nous avons dit au chapitre précédent, m'a dit avoir passé si proche de la demeure de cette effroyable bête, que lui et tous ceux de son vaisseau entendaient des sifflements étranges du bruit qu'elle faisait, et que les sauvages qu'il avait avec lui, lui dirent que c'était la même bête, et avaient une telle peur qu'ils se cachaient de toute part, craignant qu'elle fut venue à eux pour les emporter; et qu'il me fait croire ce qu'ils disent, c'est que tous les sauvages en général la craignent et en parlent si étrangement, que si je mettais tout ce qu'ils en disent, l'on le tiendrait pour fables; mais je tiens que ce soit la résidence de quelque diable qui les tourmente de la façon. Voilà ce que j'ay appris de ce Gougou.

Site intéressant sur Champlain.


Questions sur le second extrait

  1. Relevez les caractéristiques du Gougou.

  2. Une histoire est fantastique quand il y a hésitation entre une explication rationnelle et l'acceptation du surnaturel. Qu'en est-il dans ce récit?

  3. Quels procédés utilise Champlain pour que son histoire ait quelque crédit?