Morceaux
choisis
Élisabeth Begon
Jacques Cartier
Samuel de Champlain
Le père Charlevoix
Le père Le Jeune
Le père Sagard
Pour aller plus loin
Louis-Armand de
la Hontan
Marie de
l'Incarnation
Marc Lescarbot
* * *
Début du chapitre |
LES INNUS
Les Jésuites s'installent en Nouvelle-France en 1625. De 1632
jusqu'à 1673, à la fin de chaque année, ils envoient à leurs supérieurs, restés en
France, une «relation» de leur vie dans ce nouveau monde. Par ces lettres, ils veulent
attirer de nouvelles recrues et, surtout, obtenir un appui financier pour poursuivre leur
mission, soit évangéliser les Indiens. Le père Paul Le Jeune fut le principal auteur de
ces relations. Celles-ci constituent un témoignage de première main sur la vie de la
Nouvelle-France, sa flore et sa faune, les us et coutumes des Français et des Indiens...
Dans l'extrait ci-dessous, le père Le Jeune
fait référence à l'hiver 1634 qu'il passa avec les Montagnais (les
Innus), cette nation «moqueuse». Pour en savoir plus sur les Relations
des Jésuites,
suivez
ce lien.
Mais pour la fumée, je vous confesse que c'est un
martyre : elle me tuait, et me faisait pleurer incessamment sans que
j'eusse ni douleur ni tristesse dans le cœur; elle nous terrassait par
fois tous tant que nous étions dans la cabane, c'est à dire qu'il fallait
mettre la bouche contre terre pour pouvoir respirer : car encore que
les Sauvages soient accoutumés à ce tourment, si est-ce que parfois il redoublait
avec telle violence, qu'ils étaient contraints aussi bien que moi de se
coucher sur le ventre, et de manger quasi la terre pour ne point boire la
fumée. J'ai quelque fois demeuré plusieurs heures en cette situation,
notamment dans les plus grands froids, et lors qu'il neigeait : car
c'était en ces temps là que la fumée nous assaillait avec plus de
fureur, nous saisissant à la gorge, aux naseaux et aux yeux : que ce
breuvage est amer ! que cette odeur est forte ! que ceste vapeur est
nuisible à la vue ! J'ai cru plusieurs fois que je m'en allais être aveugle :
les yeux me cuisaient comme feu, ils me pleuraient ou distillaient comme un
alambic, je ne voyais plus rien que confusément, à la façon de ce bon
homme, qui disait : Video homines velut arbores ambulantes1.
Je disais les Psaumes de mon Bréviaire comme je pouvais sachant à demi
par cœur : j'attendais que la douleur me donnât un peu de relâche
pour réciter les leçons, et quand je venais à les lire, elles me semblaient
écrites en lettres de feu, ou d'écarlate; j'ai souvent fermé mon livre,
n'y voyant rien que confusion qui me blessait la vue.

Montagnais et Nascapis à Sept-Îles
(peint en 1862 par William Georges Richardson (1839-1889) ANC)
Quelqu'un me dira de que je devais sortir de ce trou
enfumé, et prendre l'air, et je lui répondrai, que l'air était
ordinairement en ce temps-là si froid que les arbres, qui ont la peau
plus dure que celle de l'homme, et le corps plus solide, ne lui pouvaient
résister, se fendant jusque au cœur, faisant un bruit comme d'un
mousquet en s'éclatant : je sortais néanmoins quelquefois de cette tanière,
fuyant la rage de la fumée pour me mettre à la merci du froid, contre
lequel je tâchais de m'armer, m'enveloppant de ma couverture comme un
Irlandais, et en cet équipage assis sur la neige, ou sur quelque arbre abattu,
je récitais mes Heures2 : le mal était que la neige n'avait
pas plus pitié de mes yeux que la fumée. (Paul
Le Jeune, Relations de la Nouvelle-France, 1634)
1. Je vois les hommes comme des arbres
qui marchent.
2. Recueil de prières.
Question
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Relevez toutes les comparaisons que
l'auteur utilise et essayer d'expliquer la raison de leur utilisation.
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