Morceaux choisis
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L'ÉLAN D'AMÉRIQUEAvocat, dessinateur et musicien, Marc Lescarbot (1570-1642) ne passe qu'un an (1606) en Nouvelle-France (il accompagne Poutrincourt en Acadie). Il a le temps d'écrire et de faire jouer la première pièce canadienne, Le Théâtre de Neptune. Il écrit même une Histoire de la Nouvelle-France (1609) dont voici un extrait.
Disons donc que le meilleur temps et plus commode pour lesdits Sauvages à toute chasse terrestre est la plus vieille saison, lorsque les forêts sont chenues et les neiges hautes, et principalement si sur ces neiges vient une forte gelée qui les endurcisse. Lors, bien revêtus d'un manteau fourré de castors et de manches aux bras, attachés ensemble avec une courroie, item2 de bas-de-chausse3 de cuir d'élan semblable au buffle (qu'ils attachent à la ceinture) et des souliers aux pieds du même cuir, faits bien proprement, ils s'en vont l'arc au poing et le carquois sur le dos vers la part que leur aoutmoin4 leur aura indiquée... ou ailleurs où ils penseront ne devoir perdre temps. Ils ont des chiens, presque semblables à des renards en forme et grandeur et de tous poils, qui les suivent et, nonobstant5 qu'ils ne jappent point, toutefois ils savent fort bien découvrir le gîte de la bête qu'ils cherchent, laquelle trouvée, ils la poursuivent courageusement et ne l'abandonnent jamais qu'ils ne l'aient terrassée. Et pour plus commodément la poursuivre, ils attachent au-dessous des pieds des raquettes trois fois aussi grandes que les nôtres, moyennant quoi ils courent légèrement sur cette neige dure sans enfoncer. Que si elle n'est pas assez ferme ils ne laissent6 de chasser et poursuivre trois jours durant si besoin est. Enfin, l'ayant navrée7 à mort ils la font tant harceler par leurs chiens, qu'il faut qu'elle tombe. Lors ils lui ouvrent le ventre, baillent la curée8 auxdits chiens et en prennent leur part. Ne faut penser qu'ils mangent la chair crue comme quelques-uns s'imaginent, même Jacques Cartier l'a écrit; car ils portent toujours allant par les bois un fusil au-devant d'eux pour faire du feu quand la chasse est faite ou la nuit les contraint de s'arrêter. [...] Nous allâmes une fois à la dépouille d'un élan demeuré mort sur le bord d'un grand ruisseau, environ deux lieues9 et demie dans les terres, là où nous passâmes la nuit, ayant ôté les neiges pour nous cabaner. Nous y fîmes tabagie10 fort voluptueuse avec cette venaison si tendre qu'il ne se peut rien dire de plus; et après le rôti nous eûmes du bouilli et du potage abondamment apprêtés en un instant par un Sauvage, qui façonna avec sa hache un bac, ou auge, d'un tronc d'arbre, dans quoi il fit bouillir sa chair. [...] Or, pour revenir à nos gens, le chasseur étant retourné aux cabanes, il dit aux femmes ce qu'il a exploité et qu'en tel endroit qu'il leur nomme, elles trouveront la venaison. C'est leur devoir d'aller dépouiller l'élan, caribou, cerf, ours ou autre chasse, et de l'apporter à la maison. Lors ils font tabagie tant que la provision dure et celui qui a chassé est celui qui en a le moins. Car c'est leur coutume qu'il faut qu'il serve les autres et ne mange point de chasse. Tant que l'hiver dure, ils n'en manquent point et y a tel Sauvage qui par une forte saison en a tué cinquante à sa part, à ce que j'ai quelquefois entendu. (Marc LESCARBOT, Histoire de la Nouvelle-France, 1609) 1. Petites cornes Questions
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