Morceaux choisis
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LES HURONSLe frère Récollet, Gabriel-Théodat Sagard (1590?-1636?), ne passe qu'un an (1623) en Nouvelle-France. Il le vit surtout chez les Hurons, quelques années avant que ceux-ci ne soient en grande partie exterminés par les Iroquois. Son récit constitue un témoignage intéressant de la vie de ce peuple, même si Sagard pose souvent un regard moralisateur sur le «nouveau monde».
Cette couleur pourtant ne diminue en rien de leur beauté naturelle, des traits de leur visage, ni de la juste proportion de leur corps, qui ne cèdent en rien à ceux d`ici, car ils sont tous généralement bien formés et proportionnés sans difformité aucune, marchant droit avec une maintien grave et modeste, sans être aucunement courbé, bossu, voûté, boiteux, borgne ou aveugle; d'où vous voyez d'aussi bonne grâce qu'il y en saurait avoir en France; entre lesquels je n'ai jamais vu autre défaut qu'un Honqueronon borgne, encor par accident, et un bon vieillard Huron, qui pour être tombé du haut d'une cabane en bas s'était fait boiteux. Tous les Sauvages en général ont l'esprit et l'entendement assez bon, et ne sont point si grossiers et si lourdauds que nous nous imaginons en France. Ils sont d'une humeur assez joyeuse et contente; toutes fois ils sont un peu saturniens 1, ils parlent fort posément, comme se voulant bien faire entendre, et s'arrêtent aussitôt en songeant une grande espace de temps, puis reprennent leur parole; et cette modestie est cause qu'ils appellent nos Français femme, lors que, trop précipités et bouillants en leurs actions, ils parlent tous à la fois et s'interrompent l'un l'autre. Ils craignent le déshonneur et le reproche, et sont excités à bien faire par honneur; d'autant qu'entr'eux celui est toujours honoré et s'acquiert du renom, qui a fait quelque bel exploit.Pour la libéralité, nos Sauvages sont louables en l'exercice de cette vertu, selon leur pauvreté; car quand ils se visitent les uns les autres, ils se font des présents mutuels; et pour montrer leur galentise 2, ils ne marchandent point volontiers et se contentent de ce qu'on leur baille honnêtement et raisonnablement, méprisant et blâmant les façons de faire de nos Marchands qui barguignent3 une heure pour marchander une peau de Castor; ils ont aussi une mansuétude et clémence en la victoire envers les femmes et petits enfants de leurs ennemis, auxquels ils sauvent la vie bien qu'ils demeurent leurs prisonniers pour servir.Ce n'est pas à dire pourtant qu'ils n'aient de l'imperfection : car tout homme y est sujet, et à plus forte raison celui qui est privé de la connaissance d'un Dieu et de la lumière de la foi, comme sont nos Sauvages; car si on vient à parler de l'honnêteté et de la civilité, il n'y a de quoi les louer, puis qu'ils n'en pratiquent aucun trait que ce que la simple Nature leur dicte et enseigne. (Gabriel SAGARD, Le Grand Voyage au pays des Hurons, 1632)1. Modéré Voir un autre extrait. Questions
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