QUE LA NUIT SOIT PARFAITE...
Alain Grandbois a fui le Québec très tôt. Il
a chanté les grands espaces, les vertiges de la route, l'amour avec beaucoup de magnificence. Pourtant, sa poésie est marquée du sceau de la
souffrance et du désespoir. Son recueil Les Îles de la nuit
est une œuvre fondatrice de la poésie
québécoise moderne.
Que la nuit soit parfaite si nous en sommes dignes
Nulle pierre blanche ne nous indiquait la route
Où les faiblesses vaincues achevaient de mourir
Nous allions plus loin que les plus lointains horizons
Avec nos épaules et nos mains
Aux étincelles des insondables voûtes
Et cette faim de durer
Et cette soif de souffrir
Nous étouffant au cou
Comme mille pendaisons
Nous avons partagé nos ombres
Plus que nos lumières
Nous nous sommes montrés
Plus glorieux de nos blessures
Que des victoires éparses
Et des matins heureux
Et nous avons construit mur à mur
La noire enceinte de nos solitudes
Et ces chaînes de fer rivées à nos chevilles
Forgées du métal le plus dur
Que parfaite soit la nuit où nous nous enfonçons
Nous avons détruit tout bonheur et toute tendresse
Et nos cris désormais
N'auront plus que le tremblant écho
Des poussières perdues
Aux gouffres des néants.
(Alain Grandbois, Les Îles de la nuit,
Lucien Parizeau, 1944)
Petit film sur
Grandbois à la BANQ
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Laurentiana
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Les mille abeilles
Questions
1. Grandbois trace un portrait
très sombre de notre société.
Selon lui, la seule chose que nous ayons réussi parfaitement, c'est à faire la nuit (la
grande noirceur ?). Relevez quelques-unes des «accusations» qu'il porte contre la
société de l'époque.
2. Dans la dernière strophe, il écrit :«Que parfaite
soit la nuit où nous nous enfonçons». Quel est le ton utilisé?
3. Relevez le champ lexical du renoncement. |