Morceaux choisis

Saint-Denys Garneau

Gratien Gélinas

Alain Grandbois

Anne Hébert

André Langevin

Roger Lemelin

Émile Nelligan

Gabrielle Roy

Yves Thériault


Pour aller plus loin

Le surréalisme

Hugh Maclennan

* * *

Début du chapitre

IL Y A CERTAINEMENT QUELQU'UN

Anne Hébert eut beaucoup de difficulté à imposer sa poésie. Le Tombeau des rois fut publié grâce à Roger Lemelin. Ce recueil, le deuxième de l'auteure, qui avait publié Les Songes en équilibre en 1942, va attirer l'attention des éditeurs français sur son œuvre. Tout comme Grandbois, elle s'exilera en France et se fera chantre de la solitude. 

Il y a certainement quelqu'un
Qui m'a tuée
Puis s'en est allé
Sur la pointe des pieds
Sans rompre sa danse parfaite

A oublié de me coucher
M'a laissée debout
Toute liée
Sur le chemin
Le cœur dans son coffret ancien
Les prunelles pareilles
À leur plus pure image d'eau

A oublié d'effacer la beauté du monde
Autour de moi
A oublié de fermer mes yeux avides
Et permis leur passion perdue

         (Anne Hébert, Le Tombeau des rois, 1953)

Lire une explication du poème


Questions

1. La poète décrit sa mort. De quelle mort s'agit-il?

2. Comment qualifier l'attitude du bourreau?

3. En quoi cette mort est-elle particulièrement cruelle?

4. Quel effet produit la répétition de «a oublié»?


Deuxième extrait

MARINE

A quoi rêvais-je tantôt,
Que j'étais si bien ?

Quel est ce flux
Et ce reflux
Qui montent sur moi,
Et me font croire
Que je m'étais endormie,
Sur une île,
Avant le montant,
Et que les vagues
Maintenant
Me surprennent
Tout à l'alentour ?

Est-ce dans un coquillage
Que j'entends la mer ?
Est-ce le vent sur nos têtes,
Ou le sang qui bat à ma tempe ?
Dans quelle marine
Ai-je donc vu mes yeux ?

Qui donc a dit
Qu'ils étaient calmes
Comme un puits,
Et qu'on pouvait
S'asseoir sur la margelle
Et mettre tout le bras
Jusqu'au coude
Dans l'eau lisse ?

Gare aux courants du fond,
Au sel, aux algues,
Et aux beaux noyés
Qui dorment les yeux ouverts,
En attente de la tempête
Qui les ramènera
A la surface de l'eau,
Entre les cils.

(Anne Hébert, Les Songes en équilibre, Montréal, L'Arbre 1942, p. 82-83.)