Morceaux choisis

Saint-Denys Garneau

Gratien Gélinas

Alain Grandbois

Anne Hébert

André Langevin

Roger Lemelin

Émile Nelligan

Gabrielle Roy

Yves Thériault


Pour aller plus loin

Le surréalisme

Hugh Maclennan

* * *

Début du chapitre

UN LOINTAIN PRÉCURSEUR : ÉMILE NELLIGAN (1879-1941)

Le père de Nelligan, un Irlandais, était employé des postes et sa mère appartenait à la bourgeoisie canadienne-française. Vers 15 ans, le jeune Nelligan lit les poètes français. Il manifeste peu d'intérêt pour ses études, ce qui monte contre lui son père. Nelligan préfère errer dans les rues de Montréal. Entre 17 et 19 ans, il écrit son œuvre. La schizophrénie, qu'il semble avoir pressentie dans certains poèmes, le frappe alors qu'il n'a que 19 ans. Le 9 août 1899, il est interné. Il passera le reste de sa vie dans une maison de santé.

L'École littéraire de Montréal (1895-1905) (Voir ce site)
Nelligan fut le représentant le plus illustre de cette école. Celle-ci réunit certains jeunes poètes fatigués de la grandiloquence de l'école patriotique. Ils veulent que la poésie retrouve le chemin de la simplicité et de la sincérité. Cette école eut une vie bien brève, récupérée qu'elle fut par le tout-puissant courant du terroir. Il n'est donc pas exagéré d'associer Nelligan aux poètes de la solitude, tant il est vrai qu'il dut subir l'incompréhension de ses contemporains, tant il est vrai que sa poésie va à contre-courant des canons de son époque. (Visitez le site suivant :
Émile Nelligan)
 

LE VAISSEAU D'OR

C'était un grand Vaisseau taillé dans l'or massif.
Ses mâts touchaient l'azur, sur des mers inconnues;
La Cyprine d'amour, cheveux épars, chairs nues,
S'étalait à sa proue au soleil excessif.

Mais il vint une nuit frapper le grand écueil
Dans l'Océan trompeur où chantait la Sirène,
Et le naufrage horrible inclina sa carène
Aux profondeurs du Gouffre, immuable cercueil.

Ce fut un grand Vaisseau d'or, dont les flancs diaphanes
Révélaient des trésors que les marins profanes,
Dégoût, Haine et Névrose ont entre eux disputés.

Que reste-t-il de lui dans la tempête brève?
Qu'est devenu mon cœur, navire déserté?
Hélas! Il a sombré dans l'abîme du Rêve!


Questions

1. Que représente le «Vaisseau»?

2. Dans la deuxième strophe, qu'arrive-t-il au «Vaisseau»?

3. À quoi le poète attribue-t-il les causes de son naufrage?

4. Quel vers de la dernière strophe permet de dire que le vaisseau et le poète ne font qu'un?

5. Qu'est-ce que «l'abîme du Rêve»?

 

Soir d'hiver

Écouter un extrait chanté par Claude Léveillé (242 ko)

Ah! comme la neige a neigé!
Ma vitre est un jardin de givre.
Ah! comme la neige a neigé!
Qu'est-ce que le spasme de vivre
À la douleur que j'ai, que j'ai!

Tous les étangs gisent gelés,
Mon âme est noire: Où vis-je? où vais-je?
Tous ses espoirs gisent gelés:
Je suis la nouvelle Norvège
D'où les blonds ciels s'en sont allés.

Pleurez, oiseaux de février,
Au sinistre frisson des choses,
Pleurez, oiseaux de février,
Pleurez mes pleurs, pleurez mes roses,
Aux branches du genévrier.

Ah! comme la neige a neigé!
Ma vitre est un jardin de givre.
Ah! comme la neige a neigé!
Qu'est-ce que le spasme de vivre
A tout l'ennui que j'ai, que j'ai!...