Morceaux choisis

Michel Beaulieu

Claude Beausoleil

Normand Chaurette

Ying Chen

Hélène Dorion

Sergio Kokis

Christian Mistral

Hélène Monette

Wajdi Mouawad

Maryse Pelletier

Monique Proulx

Gaétan Soucy

Sylvain Trudel

Yolande Villemaire

Pour aller plus loin

Trevor Ferguson

Les premières nations

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Début du chapitre

LA LITTÉRATURE DES PREMIÈRES NATIONS

Sur le territoire du Québec, les Indiens et les Inuits se répartissent en onze nations et comptent pour 1% de la population. La plupart vivent dans les réserves créées par le gouvernement canadien au milieu du XlXe siècle. Certains peuples ont perdu leur langue et s'expriment en français (les Hurons-Wendat) ou en anglais (les Mohawks). D'autres continuent de parler leur langue (les Montagnais, les Cris), bien qu'ils utilisent le français ou l'anglais dans leurs contacts avec les Blancs.

Pour comprendre les difficultés des Indiens, il suffit d'observer l'évolution de leur population. De 20 000 qu'elle était à l'arrivée des Européens, elle va beaucoup diminuer par la suite, à cause des maladies apportées par les Blancs. Au milieu des années cinquante, les Indiens n'étaient toujours que 16 000. À partir de cette date, leur population va augmenter. En 1984, ils étaient environ 60 000.

À partir du XlXe siècle, les Indiens devront résister aux tentatives d'assimilation. Par sa La Loi sur les Indiens, en 1876, le gouvernement fédéral s'attribue à peu près tous pouvoirs : il peut décider qui est Indien, contrôler leurs déplacements à l'extérieur des réserves, décider du moment et de l'endroit où les enfants iront à l'école, gérer leurs affaires... À partir des années 50, ils vont récupérer progressivement la mainmise de leurs affaires... et de leur vie.


Ulamen Shipu Ishkueu Montagnaise de La Romaine 
(20 x 24 po)
© Jean-Luc Hervieux (voir son site)

Et la littérature? Les Indiens possèdent une longue et riche tradition orale. Les Montagnais (les Innus) distinguent les anatukan (des récits anciens dont ils ne furent pas témoins, par exemple tous les mythes qui décrivent la création du monde) et les tipatshimun (des récits qui ont été vus ou vécus par les Indiens). Selon Diane Boudreau (Histoire de la littérature amérindienne au Québec), cette littérature orale continue d'imprégner la littérature écrite.

La littérature écrite (de langue française) apparaît dans les années 1970. On possède bien quelques écrits antérieurs, mais ceux-ci sont davantage d'ordre pratique : manifestes, articles écrits dans des revues et des journaux, essais politiques. La littérature proprement dite ne compte encore que quelques titres. «C'est une littérature de résistance aux Blancs, mais c'est aussi une littérature de survie pour les Amérindiens eux-mêmes.» (BOUDREAU, p. 177) An Antane Kapesh (Qu'as-tu fait de mon pays?, 1979), Bernard Assiwini (Le Bras coupé, 1976) vont écrire des romans. Éléonore Sioui (Andatha, 1985) et Charles Coocoo (Broderies sur mocassins, 1988) publient des poèmes. Yves Sioui Durand a écrit quelques pièces de théâtre, des drames rituels, dont Porteur des peines du monde (1985) et Atiskanandahate ou le voyage au pays des morts (1988).

Voici quelques extraits :

«Alors l’enfant s’arrêta de parler. Il était très en colère quand il se rendit compte de l’importance des choses qu’il avait perdues. Il avait perdu son territoire entier, tous les aspects de sa culture et même sa langue. Et il savait alors qu’à l’avenir, jusqu’à sa mort, il devrait continuer, bon gré mal gré, à faire le fou avec les Polichinelles et à jouer à leurs polichinelles.» (An Antane KAPESH, Qu’as-tu fait de mon pays?)

Le cœur de l’Amérindien
Renferme l’essence
Les larmes, les sourires
De l’âme de la Terre Mère
Fécondée du Soleil
D’un bruissement de l’esprit
Encerclant son peuple
Dans sa Re-naissance

(Éléonore SIOUI, Andatha)

«Miroskamin (printemps) assèche ses larmes et la merveille se produit. Des gentils cui-cui résonnent dans la nature. Des clom-pok vibrent à la surface des lacs. Je respire très fort cette joie, sachant que je fais partie de tout ce qu’est la création. Je t’ai tant cherché, et tu étais là. La bénédiction du Grand esprit nous enveloppe tous, qui que nous soyons. L’espoir a redonné la confiance. Nipin (été), où es-tu?» (Charles COOCOO, Broderies sur mocassins)

je vois...je vois
dans l’œil immense de la lune
les tentes perdues déchirées
abandonnées au loin dans la neige
les hommes sont assis dans les ténèbres
les femmes et les enfants sont couverts de glaise.
[...]
c’est la tristesse qui nous tue
c’est la vie atrophiée autour de nous
les arbres... les rivières dévastées
les animaux disparus
c’est notre force abandonnée dans l’alcool
c’est cela...
Mes petits enfants gaspillés
abandonnés...

(Yves SIOUI DURAND, Atiskanandahate ou le voyage au pays des morts (1988)

Lien sur internet : Le dossier sur Agora