Morceaux
choisis
Michel Beaulieu
Claude Beausoleil
Normand Chaurette
Ying Chen
Hélène Dorion
Sergio Kokis
Christian Mistral
Hélène Monette
Wajdi Mouawad
Maryse Pelletier
Monique Proulx
Gaétan Soucy
Sylvain Trudel
Yolande Villemaire
Pour aller plus loin
Trevor Ferguson
Les premières nations
* * *
Début du
chapitre |
LA DERNIÈRE SCÈNE
Dans cette pièce, qui se déroule sur cinq ans, on
assiste à l'évolution d'un couple moderne, de la première rencontre jusqu'à la
séparation et même après. Lui, c'est Philippe, un journaliste renommé, divorcé, dans
la trentaine. Elle, c'est Catherine, une danseuse de ballet, débutante, dans la
vingtaine. L'extrait qui suit précède leur séparation. Ils se querellent au-delà de
toutes limites. D'ailleurs, il vient de fracasser son verre par terre et, pour être à la
hauteur, elle en a fait tout autant. Philippe lui ordonne de ramasser les dégâts...
Catherine sort. Elle va revenir dans un moment avec un balai et un
porte-poussière, et ramasser doucement les éclats de verre brisé.
PHILIPPE
Où tu vas?
CATHERINE
(Déjà partie.) Chercher le balai et le porte-poussière!
PHILIPPE
(La poursuivant de la voix.) Les gens comme toi, on devrait les balayer de la
surface de la terre. Tu crois à rien, tu ris de tout ce qui fait la valeur de la vie, tu
détruis tout. Tu m'as tout pris, tout. J'étais un homme joyeux, moi, j'agissais,
j'aimais mon métier, je savais pourquoi je le faisais, y avait un ordre dans ma vie, et
un beau désordre joyeux! J'avais du cœur à vivre. Y me reste rien, rien.
CATHERINE
C'est parce que t'es pas un homme. T'es juste un journaliste.
PHILIPPE
Qu'est-ce que c'est sensé vouloir dire, ça?
CATHERINE
T'as voulu changer le monde et t'as toujours trouvé anormal de te faire une tasse de
café calmement le matin. T'es plus capable d'entendre les discours que t'entends depuis
quinze ans, mais t'en veux encore parce que t'es pas capable de faire autre chose. T'es
malheureux à crier, mais plutôt que de changer, tu t'acharnes contre moi parce que tu
supportes pas que je sois moins malheureuse que toi. Tu vis juste pour ton métier, tu vis
pas pour toi, t'es juste un journaliste, t'es pas un homme. T'as jamais été intéressé
à apprendre autre chose. Jamais.
PHILIPPE
Tu m'as tout pris. Y me reste plus rien, même pas le respect de mon métier. Va-t'en!
J'en ai assez, de ton amour. Va le proposer à quelqu'un d'autre, si quelqu'un en veut.
Moi je suis plus capable de le supporter.
(Maryse PELLETIER, Duo pour voix obstinées,
VLB éditeur, 1985)
Questions
En quoi ce couple est-il moderne?
Que lui reproche-t-il? Que se reproche-t-il?
|