Morceaux choisis

Michel Beaulieu

Claude Beausoleil

Normand Chaurette

Ying Chen

Hélène Dorion

Sergio Kokis

Christian Mistral

Hélène Monette

Wajdi Mouawad

Maryse Pelletier

Monique Proulx

Gaétan Soucy

Sylvain Trudel

Yolande Villemaire

Pour aller plus loin

Trevor Ferguson

Les premières nations

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Début du chapitre

PARAPLÉGIE ET PEINTURE

Max est un peintre, paraplégique depuis 18 ans, qui ne sort à peu près jamais de son appartement. Cependant, beaucoup de gens viennent lui confier leurs problèmes : une comédienne trop belle qui lui sert de modèle, un adolescent qui cherche sa mère biologique, un obèse amoureux d'une fillette, une femme malheureuse en amour, un peintre de ses amis, sa mère.... Max les écoute, les console, mais reçoit peu en échange. Ce roman traite de la place de l'artiste dans la société, mais aussi de celle des handicapés et de tous les marginaux, comme en témoigne l'extrait qui suit.

- Donnez-moi au moins une raison. Une seule. Ne serait-ce que pour mon dossier.

Monsieur Quirion veut savoir pourquoi je n'ai pas envie d'aller habiter dans cette maison du centre-ville, à ras de trottoir, en compagnie d'une vingtaine d'estropiés aussi rébarbatifs que moi qui feront grincer leurs roues sur le carrelage et cliqueter leurs prothèses avant et après la soupe communautaire.

Je lui dis que puisque les gens à lunettes ne se rassemblent pas dans des maisons communes, je ne vois pas pourquoi les gens à chaises roulantes auraient raison de le faire. Il remonte ses lunettes sur son nez, il referme ses dossiers. Il me sourit, malgré tout, avec une sympathie harassée mais bienveillante.

Il me dit au revoir. C'est donc qu'il reviendra.

Je suis malade, après son départ. Je suis malade comme je le suis toujours après le départ de ceux-là qui ont pour tâche rémunérée de me vouloir du bien, nauséeux au-delà du haut-le-coeur, enseveli sous une noirceur totale où je voudrais tuer, je voudrais hurler. D'ailleurs, je hurle. L'immeuble insalubre qui n'abrite que moi avale miséricordieusement ma voix et l'enfouit parmi les autres matériaux décrépits.

J'ai mal à mes droits de la personne, j'ai mal à ma dignité chambranlante, je rapetisse tout à coup et ça déchire toutes mes peaux internes, je m'infantilise à vue d'oeil et ça saigne, je frôle le néant sous le regard attentionné de cent messieurs Quirion inclinés au-dessus de mon berceau, je souffre incurablement d'inaptitude à me tenir droit parmi les humains qui choisissent.

Maxou, mon pitou.


Pascale Bussières et James Hyndman dans Souvenirs intimes de Jean Beaudin, adaptation du roman de Proulx.

Après, il faut peindre de toute urgence pour se hisser au-dessus du néant mais ça ne s'appelle plus peindre, ça s'appelle empoigner les couleurs et leur faire exsuder leur sève avant qu'il soit trop tard, à pleines mains comme un handicapé cérébral aux prises avec ses déjections, Maxou mon pitou dans les primaires jusqu'au coude et le bleu pisse dru à côté du rouge qui explose en enfer, à pleines mains car il n'est plus temps de faire poli et de se chercher un style lorsque l'ambulance dévale le boulevard sur deux roues et que le blessé perd ses liquides sur le béton, inutilement, là où rien ne poussera.

(Monique PROULX, Homme invisible à la fenêtre, Boréal,1992)


Questions

  1. Qu'est-ce qu'un artiste et certains handicapés peuvent avoir en commun?

  2. Qu'est-ce que Max retire de ses séances de défoulement pictural?