Morceaux choisis

Honoré Beaugrand

William Chapman

Laure Conan

Octave Crémazie

Alfred Desrochers

Louis Fréchette

Philippe-Aubert de Gaspé


Pour aller plus loin

Chevalier de Lorimier

François-Xavier Garneau

Lionel Groulx

Étienne Parent

* * *

Début du chapitre

LE CHANT DU VIEUX SOLDAT CANADIEN

Octave Crémazie naît en 1827 à Québec. Il exerce le métier de libraire. En 1863, il s'enfuit à Paris pour éviter une poursuite judiciaire. On l'accuse d'avoir fabriqué de faux documents à la suite d'une banqueroute. Sa vie à Paris est misérable. Il ne reviendra jamais au Québec et mourra en exil en 1879. «Crémazie exprime la voix de son peuple à l'aube de sa renaissance. Il se fait l'interprète de ses regrets, de ses espoirs, de sa vaine nostalgie des couleurs françaises, de ses élans patriotiques. Il s'émeut des mœurs rudimentaires et pures de notre classe rurale tout comme il célèbre son attachement à ses valeurs religieuses. (DUHAMEL, p. 19) Les gens de son époque vont le sacrer «poète national».

«Le chant du vieux soldat canadien» a été écrit en 1855. La venue de La Capricieuse, en juillet 1855, marquait la reprise des communications officielles entre la France et son ancienne colonie. L'arrivée de cette frégate suscita chez Crémazie et les Canadiens français beaucoup d'enthousiasme. Ce poème est un hymne à la France, à son passé glorieux en terre canadienne. Trois ans plus tard, Crémazie consacrera un autre poème au même thème : «Le drapeau de Carillon».

«Pauvre soldat, aux jours de ma jeunesse,
Pour vous, Français, j'ai combattu longtemps;
Je viens encor, dans ma triste vieillesse,
Attendre ici vos guerriers triomphants.
Ah! bien longtemps vous attendrai-je encore
Sur ces remparts où je porte mes pas?
De ce grand jour quand verrais-je l'aurore?
Dis-moi, mon fils, ne paraissent-ils pas?

«Qui nous rendra cette époque héroïque
Où, sous Montcalm, nos bras victorieux
Renouvelaient dans la jeune Amérique
Les vieux exploits chantés par nos aïeux?
Ces paysans qui, laissant leurs chaumières,
Venaient combattre et mourir en soldats,
Qui redira leurs charges meurtrières?
Dis-moi, mon fils, ne paraissent-ils pas?

[...]

«Le drapeau blanc, la gloire de nos pères,
Rougi depuis dans le sang de mon roi,
Ne porte plus aux rives étrangères
Du nom français la terreur et la loi.
Des trois couleurs l'invincible puissance
T'appellera pour de nouveaux combats,
Car c'est toujours l'étendard de la France.
Dis-moi, mon fils, ne paraissent-ils pas?

«Pauvre vieillard, dont la force succombe,
Rêvant encor l'heureux temps d'autrefois,
J'aime à chanter sur le bord de ma tombe
Le saint espoir qui réveille ma voix.
Mes yeux éteints verront-ils dans la nue
Le fier drapeau qui couronne leurs mâts?
Oui, pour le voir, Dieu me rendra la vue!
Dis-moi, mon fils, ne paraissent-ils pas?...

Un jour, pourtant, que grondait la tempête,
Sur les remparts on ne le revit plus.
La mort, hélas! vint courber cette tête
Qui tant de fois affronta les obus.
Mais, en mourant, il redisait encore
À son enfant qui pleurait dans ses bras :
«De ce grand jour tes yeux verront l'aurore,
Ils reviendront! et je n'y serai pas!

Tu l'as dit, ô vieillard! la France est revenue.
Au sommet de nos murs, voyez-vous dans la nue
Son noble pavillon dérouler sa splendeur?
Ah! ce jour glorieux où les Français, nos frères
Sont venus, pour nous voir, du pays de nos pères,
Sera le plus aimé de nos jours de bonheur.

Voyez sur les remparts cette forme indécise,
Agitée et tremblante au souffle de la brise :
C'est le vieux Canadien à son poste rendu!
Le canon de France a réveillé cette ombre,
Qui vient, sortant soudain de sa demeure sombre,
Saluer le drapeau si longtemps attendu.

Et le vieux soldat croit, illusion touchante!
Que la France, longtemps de nos rives absente,
Y ramène aujourd'hui ses guerriers triomphants,
Et que sur notre fleuve elle est encor maîtresse :
Son cadavre poudreux tressaille d'allégresse,
Et lève vers le ciel ses bras reconnaissants.

Tous les vieux Canadiens moissonnés par la guerre
Abandonnent ainsi leur couche funéraire,
Pour voir réalisés leurs rêves les plus beaux.
Et puis on entendit, le soir, sur chaque rive,
Se mêler au doux bruit de l'onde fugitive
Un long chant de bonheur qui sortait des tombeaux.

(Le Journal de Québec, le 21 août 1855)


Questions

  1. Quel est l'état d'âme du vieux soldat canadien?

  2. Quel rêve caresse-t-il?