Morceaux choisis

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Laure Conan

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Lionel Groulx

Étienne Parent

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Début du chapitre

JE SUIS UN FILS DÉCHU

Alfred Desrochers (1901-1978) est autant un poète du terroir qu'un poète patriotique. Il a été journaliste et traducteur. Dans l'édition de 1930 d'À l'ombre de l'Orford, il décrit le cycle des champs (du labourage à la récolte), mais aussi celui des hommes de chantier. On peut y lire aussi le controversé poème «Offrande aux vierges folles», «L'hymne au vent du nord» et son plus célèbre poème «Je suis un fils déchu», dans lequel il chante la gloire de tous ces coureurs de bois qui furent les véritables héros de la colonisation en terre d'Amérique.

Je suis un fils déchu de race surhumaine,
Race de violents, de forts, de hasardeux,
Et j'ai le mal du pays neuf, que je tiens d'eux,
Quand viennent les jours gris que septembre ramène.

Tout le passé brutal de ces coureurs des bois :
Chasseurs, trappeurs, scieurs de long, flotteurs de cage,
Marchands aventuriers ou travailleurs à gages,
M'ordonne d'émigrer par en haut pour cinq mois.

Et je rêve d'aller comme allaient les ancêtres;
J'entends pleurer en moi les grands espaces blancs,
Qu'ils parcouraient, nimbés de souffles d'ouragans,
Et j'abhorre comme eux la contrainte des maîtres.

Quand s'abattait sur eux l'orage des fléaux,
Ils maudissaient le val; ils maudissaient la plaine,
Ils maudissaient les loups qui les privaient de laine :
Leurs malédictions engourdissaient leurs maux.

Mais quand le souvenir de l'épouse lointaine
Secouait brusquement les sites devant eux,
Du revers de leur manche, ils s'essuyaient les yeux
Et leur bouche entonnait : «À la claire fontaine»...

Ils l'ont si bien redite aux échos des forêts,
Cette chanson naïve où le rossignol chante,
Sur la plus haute branche, une chanson touchante,
Qu'elle se mêle à mes pensers les plus secrets :

Si je courbe le dos sous d'invisibles charges,
Dans l'âcre brouhaha de départs oppressants,
Et si, devant l'obstacle ou le lien, je sens
Le frisson batailleur qui crispait leurs poings larges;

Si d'eux, qui n'ont jamais connu le désespoir,
Qui sont morts en rêvant d'asservir la nature,
Je tiens ce maladif instinct de l'aventure,
Dont je suis quelquefois tout envoûté, le soir;

Par nos ans sans vigueur, je suis comme le hêtre
dont la sève a tari sans qu'il soit dépouillé,
Et c'est de désirs morts que je suis enfeuillé,
Quand je rêve d'aller comme allait mon ancêtre;

Mais les mots indistincts que profère ma voix
Sont encore : un rosier, une source, un branchage,
Un chêne, un rossignol parmi le clair feuillage,
Et comme au temps de mon aïeul, coureur des bois,

Ma joie ou ma douleur chante le paysage.

(À l'ombre de l'Orford, L'Action canadienne-française, 1930, p. 55-57. - 1re édition à compte d'auteur : 1929)

Article sur la poésie de Desrochers.


Questions

  1. Relevez toutes les qualités physiques et morales que Desrochers attribue aux coureurs des bois.

  2. Démontrez qu'il oppose le passé glorieux au présent malheureux.

  3. Relevez les procédés littéraires employés pour transformer ces coureurs des bois en héros.