Morceaux
choisis
Honoré Beaugrand
William
Chapman
Laure Conan
Octave Crémazie
Alfred Desrochers
Louis Fréchette
Philippe-Aubert de Gaspé
Pour aller plus loin
Chevalier de Lorimier
François-Xavier Garneau
Lionel Groulx
Étienne Parent
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Début du chapitre |
AU CAP BLOMIDON
Lionel
Groulx (1878-1967) a surtout écrit des essais historiques. Personnage très
influent en son temps, il demeure controversé en raison de ses prises de
positions nationalistes. Il a laissé trois œuvres littéraires :
Les
Rapaillages (1916),
L’Appel de la race (1922) et
Au Cap
Blomidon (1932), cette dernière résultant, selon ses dires, d’un «
divertissement de vacances ».
Jean
Bérubé porte un grand rêve : quitter le Québec, retourner à Grand-Pré et
racheter la terre dont ses ancêtres ont été spoliés lors du Grand
Dérangement. Il revient donc en solitaire à Grand-Pré et, malgré quelques
difficultés, réussit à récupérer la terre ancestrale. Pourtant, ses
aspirations sont beaucoup plus grandes, comme en témoigne cet extrait.
Depuis son arrivée dans la région du golfe, l'une des
grandes tristesses de Jean Bérubé, c'est de constater la continuation du
Grand Dérangement. Loin d'avoir pris fin, le triste exode va toujours. La
seule différence avec autrefois, c'est qu'aujourd'hui les Acadiens se
déportent eux-mêmes. Ils franchissent la frontière américaine comme ils
franchiraient la clôture du voisin, et par nul autre motif trop souvent que
l'aversion de la jeunesse pour la culture de la terre. Pourtant, se dit Jean
Bérubé, les races qui vainquent et les races qui durent, ce sont les races
qui épousent le sol. Peuple agricole — peuple moral et immortel ! Équation
dont témoignent, selon lui, la raison et l'histoire.
Pour remédier au grand mal, avec le temps les projets
du jeune homme se sont précisés, s'ajustent mieux à la réalité. Mais cet
idéaliste de claire raison achève ses rêves sans les diminuer. Patriote
d'espoirs toujours ambitieux, on sait quelle forme concrète il a choisi de
donner au dessein de sa vie. Sur la terre des ancêtres, il voudrait
dresser un clocher catholique avec une centaine de familles autour. Coûte
que coûte, il entraînera la jeunesse acadienne à la reprise d'une partie
du Bassin des Mines. Et pourquoi, se demande-t-il parfois, nous serait-il
interdit de prendre ces terres, de préférence à de nouveaux venus, surtout
quand nous ne parlons point de spoliation, nous, mais de rachat?
De ce grand et beau dessein, le jeune homme ne se
contente pas de s'enivrer. Pour le réaliser, les projets affluent en son
esprit. Il unira son effort au noble clergé acadien qui a déjà tant fait
pour grouper, organiser les opprimés, les instruire, rallumer dans les cœurs
affaissés une flamme vivante. Il se joindra aussi aux courageux patriotes
qui, de toutes leurs forces, ont secondé l'action de leurs prêtres. Autour
de lui, il groupera une élite de jeunes hommes, dont ce sera la tâche élue
d'étudier les problèmes acadiens, d'aller, par les paroisses du
Nouveau-Brunswick, de l'île Saint-Jean, de la Baie Sainte-Marie, ranimer la
vieille amitié pour la terre. Pour le rachat de la patrie et l'établissement
des rapatriés, il fondera un denier national: contribution annuelle de dix
sous par chaque famille acadienne du Canada et des États-Unis. Il songe
enfin à écrire une histoire populaire de l'Acadie, histoire illustrée,
puissante en images. Il la veut capable d'aller parler au peuple, d'aller
lui dire, avec des mots attendris comme ceux de la légende et vibrants comme
des appels de clairon, le charme héroïque du passé, la splendeur des devoirs
actuels. D'instinct le jeune homme a compris que, pour éveiller la
conscience d'un peuple, exalter ses énergies, le suprême moyen c'est de le
tenir mêlé à ses morts, faire qu'en lui continue d'agir la poussée héroïque
des ancêtres. (Lionel Groulx, Au Cap Blomidon,
Granger frères, 1943, p. 113-115)
Questions
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Quels sont les ingrédients du nationalisme de Groulx?
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