Morceaux choisis

Honoré Beaugrand

William Chapman

Laure Conan

Octave Crémazie

Alfred Desrochers

Louis Fréchette

Philippe-Aubert de Gaspé


Pour aller plus loin

Chevalier de Lorimier

François-Xavier Garneau

Lionel Groulx

Étienne Parent

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Début du chapitre

INTRODUCTION À L'HISTOIRE DU CANADA

François-Xavier Garneau (1809-1866), un historien autodidacte, fait des études de notaire, pratique la comptabilité dans les banques, devient traducteur au parlement, secrétaire de la ville de Québec, tout en poursuivant ses recherches en histoire. Il fait un séjour de deux ans en Angleterre. Il publie les trois tomes de son Histoire du Canada de 1845 à 1848, puis des versions remaniées en 1852 et 1859. «Dans l'histoire de la littérature canadienne-française, aucune oeuvre n'a eu un plus immédiat retentissement ni exercé une influence plus durable que l'Histoire du Canada (1845-1848) de François-Xavier Garneau." (Tougas, 1965, p. 12) (Pour en savoir plus)

    Si l'on envisage l'histoire du Canada dans son ensemble, depuis Champlain jusqu'à nos jours, on voit qu'elle comprend deux phases distinctes : la domination française et la domination anglaise. L'une est marquée par les guerres contre les tribus sauvages et contre les provinces qui forment aujourd'hui les États-Unis; l'autre est remplie par la lutte morale et politique des Canadiens pour conserver leur religion et leur nationalité. La différence des armes à ces deux époques nous les montre sous deux aspects différents, mais c'est sous le dernier qu'ils nous intéressent le plus. Il y a quelque chose de touchant et de noble tout à la fois à défendre sa nationalité, héritage sacré qu'aucun peuple, quelque dégradé qu'il fût, n'a jamais répudié. Jamais plus grande et plus sainte cause n'a inspiré un cœur haut placé, et n'a mérité la sympathie des esprits généreux!

Si autrefois la guerre a fait briller la valeur des Canadiens, les débats politiques ont, depuis, fait surgir au milieu d'eux des hommes dont les talents, l'éloquence et le patriotisme sont pour nous un juste sujet d'orgueil et un motif de généreuse émulation. Les Papineau, les Bédard, les Vallières, ont, à ce titre, une place distinguée dans l'histoire comme dans notre souvenir.

Par cela même que le Canada a éprouvé de nombreuses vicissitudes, tenant à la nature de la dépendance coloniale, les progrès n'y ont marché qu'au milieu d'obstacles, de secousses sociales, qu'augmentent aujourd'hui l'antagonisme des races en présence, les préjugés, l'ignorance, les écarts des gouvernants et, quelquefois, des gouvernés. Les auteurs de l'union des deux provinces du Canada, projetée en 1822 et exécutée en 1840, ont apporté en faveur de cette mesure diverses raisons spécieuses pour couvrir d'un voile une grande injustice. L'Angleterre, qui ne voulait voir, dans les Canadiens français que des colons turbulents, des étrangers mal affectionnés, a feint de prendre pour des symptômes de rébellion leur inquiétude, leur attachement à leurs institutions et à leurs usages menacés. Cette conduite prouve que ni les traités ni les actes publics les plus solennels n'ont pu l'empêcher de violer des droits d'autant plus sacrés qu'ils servaient d'égide au faible contre le fort.

Mais, quoi qu'on fasse, la destruction d'un peuple n'est pas chose aussi facile qu'on pourrait se l'imaginer.

Nous sommes loin de croire que notre nationalité soit à l'abri de tout danger. Comme bien d'autres nous avons eu nos illusions à cet égard. Mais le sort des Canadiens n'est pas plus incertain aujourd'hui qu'il l'était il y a un siècle. Nous ne comptions que soixante mille âmes en 1760, et nous sommes aujourd'hui (1859) près d'un million.

(Histoire du Canada, p. XLlX-L)