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Roland Giguère |
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Roland Giguère est né à Montréal en 1929. Il a mené de front une carrière de peintre, de typographe et de graveur. Il expose à plusieurs reprises. Il fonde les éditions Erta en 1949. En 1950, il fabrique et publie son premier recueil : Les Nuits abat-jour. Lors d'un séjour à Paris, il se lie avec André Breton. Il écrit plusieurs recueils dont Adorable femme des neiges et L'Âge de la parole. En 1965, les éditions de l'Hexagone, dans la collection Panorama, reprennent une bonne partie de son uvre sous le titre L'Âge de la parole. Puis suivront deux autres rétrospectives : La Main au feu en 1973, Forêt vierge folle en 1978. Il obtient mais refuse le prix du Gouverneur général en 1974. |
![]() Photo : Josée Lambert |
| La main du
bourreau finit toujours par pourrir Grande main qui pèse sur nous grands ongles qui nous scient les os mais viendront les panaris la grande main qui nous cloue au sol la grande main pourrira (L'Âge de la parole, 1965, p. 17 ) |
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Giguère vu par lui-même :
«L'âge de la parole -- comme on dit l'âge du bronze -- se situe, pour moi, dans ces années 1949-1960, au cours desquelles j'écrivais pour nommer, appeler, exorciser, ouvrir, mais appeler surtout. J'appelais. Et à force d'appeler, ce que l'on appelle finit par arriver. C'était l'époque, pas si lointaine, où nous croyions avoir tout à dire puisque tout était à faire et à refaire. Quelques amitiés suffisaient à nous persuader que nous pouvions transformer le monde:
et pour continuer à vivre
dans nos solitaires et silencieuses cellules
nous commencions d'inventer un monde
avec les formes et les couleurs
que nous lui avions rêvées
Je crois que ces quelques vers définissent assez bien le climat de cette décennie. Mes amis étaient peintres, eux refaisaient le paysage car "Le paysage était à refaire" lui aussi; ils créaient de toutes pièces ces lieux exemplaires où nous allions rêver. Je commençais moi-même à dessiner dans les marges blanches, de grandes marges de silence où la mémoire ardente se consume pour recréer un délire sans passé. (Éluard). Mes dessins proliférèrent autour des poèmes et finalement réclamèrent la couleur. Je me mis à peindre.
J'étais possédé par une nouvelle écriture. De l'âge de la parole, je passais à l'âge de l'image et pour moi il n'y avait là nulle abdication, nulle rupture; je disais -- et je dis encore -- les mêmes choses, autrement. Cet univers qui sur la feuille maintenant devenait visible était bien le même qui hantait mes poèmes. Et je vais toujours ainsi du poème au dessin, à la peinture; du mot à la ligne, à la couleur, pour dire et pour voir et pour donner à voir.
Entre-temps, je quittai le Québec pour la France où je participai à de nombreuses activités tant littéraires que picturales avec le groupe Phases et le mouvement surréaliste. Je revins quelques années plus tard en étrange pays dans mon pays lui-même et je sentis bien vite qu'on y respirait plus à l'aise. Quelque chose, beaucoup de choses avaient changé. Gaston Miron me suggéra alors de rassembler en un volume mes poèmes épars, parus ou inédits. Au fur et à mesure que je faisais ce choix et recopiais ces poèmes, je me rendais compte qu'ils prenaient une résonance nouvelle, une dimension autre. Certains d'entre eux, écrits une dizaine d'années auparavant, qui pouvaient alors passer pour des élucubrations, s'inséraient maintenant d'eux-mêmes dans leur réalité, dans la réalité. La prémonition est certainement un des pouvoirs de la poésie puisque le poète, en somme, n'est rien d'autre qu'un sismographe qui enregistre les tremblements d'être. Ou serait-ce le monde qui finit par ressembler à nos poèmes, comme le disait Jean Ethier-Blais?» (Extrait de la préface de l'édition Typo)
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