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«Cette première publication est une œuvre d'équipe. Une équipe de jeunes qui se propose de porter simplement à l'attention du public, ce qui est dans la tête et le coeur de nos vies. Bien entendu une telle collaboration ne peut se faire sans ta collaboration.» (Prospectus Hexagone, 1953)
«Depuis la fondation de l'Hexagone, un des buts généraux de la poésie canadienne-française a été de reprendre en charge une mémoire et un destin collectif, et de briser une certaine forme d'isolement. Nous assistons à la fin de l'aliénation du poète par la solitude stérile, la révolte à perte ou l'exil de l'intérieur; la participation de plus en plus fréquente des poètes aux luttes qui nous confrontent, les a révélés à eux-mêmes, à leur réel; chez eux, la nostalgie, la plainte, la réclusion ont cédé la place à la confiance, à l'agressivité ou à l'étreinte de la possession, non d'ailleurs sans émotion et tendresse.» (Prospectus Hexagone, 1959)
«Ils savent que leur drame de poète et d'homme se joue ici, que le destin de l'homme peut s'enraciner dans l'expérience canadienne; ils ne veulent pas s'aliéner dans l'ailleurs... leur poésie a en quelque sorte une patrie, une terre, une lumière, un climat, son réalisme comme ses illuminations et son quotidien. Elle définit sa liaison organique avec le monde; la poésie est différente et conséquente, unique, elle assume et nous assume. [...] C'est entendu, nous parlons et écrivons en français et notre poésie sera toujours de la poésie française d'accord - mais voilà, il faut le répéter, nous ne sommes plus Français... notre tellurisme, notre social, notre mental, ne sont plus les mêmes... Si nous voulons apporter quelque chose au monde français et hisser notre poésie au rang des grandes poésies nationales, nous devons nous trouver davantage, accuser notre différenciation et notre pouvoir d'identification.» (Prospectus Hexagone, 1960)
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«[L'Hexagone] fut un carrefour, un lieu de poésie et d'amitié, de rencontres et de confluences, de diversité et d'échange, et à certains moments elle a pu être perçue comme un symbole de rassemblement. Toujours, cependant, c'est dans l'acte éditorial que nous prenions conscience du phénomène littéraire, c'est à partir de et à travers un travail d'édition proprement dit : organisation, choix des manuscrits, fabrication, diffusion, que se développaient une réflexion sur la poésie et une certaine vision de la littérature.
Au tout départ, il s'agissait surtout d'amitié, de s'exprimer, de «faire quelque chose». Bien sûr, nous n'étions pas «innocents», nous avions nos idées, comme par exemple, notre refus du compte d'auteur (ce qui entraînait en contrepartie de longs délais parfois à cause de nos moyens de financement), comme notre souci d'innover et de faire «professionnel» sur le plan de la présentation graphique. Par ailleurs, nous voulions changer la situation non par des polémiques, mais en faisant «autre chose», en faisant du neuf. Au cours des années et de notre pratique, nous avons été amenés à une mise en ordre et à jour de nos sources, à nous définir et à nous situer. Nous rejetions et affirmions, plus que nous ne condamnions. Nous avons assimilé l'antériorité poétique valable à nos yeux et nous nous sommes donné une généalogie. Notre démarche se clarifiait et se précisait. Dans le choix des manuscrits à publier, nous tentions d'objectiver le phénomène poétique et de situer le texte dans l'art actuel des recherches ici et ailleurs. Et déjà, nous voulions faire exister et «universaliser» la jeune poésie aux yeux du monde: un abondant service de presse atteignait tous les points susceptibles de la répercuter. Nous avons établi des contacts avec d'autres groupes de poètes ou lieux d'édition étrangers.
Aussi, depuis «le terrain», nous étions en mesure de voir à l'uvre les rapports entre la littérature et la langue, le milieu, la société, les structures, la culture. Aussi, nous nous sommes «impliqués» assez rapidement, chacun avait d'autre part ses engagements personnels» ce qui pouvait à l'occasion colorer notre action, bien que nous n'ayons jamais mêlé acte éditorial, choix individuels et collégialité (aujourd'hui on dirait «le collectif»). Si les réunions de l'équipe d'animation portaient presque exclusivement sur le travail d'édition, il y avait une intense fréquentation de tous et chacun dans des activités paraéditoriales ou autres, où l'on discutait «dur» avec enthousiasme et passion. Enfin, vers les années 1958-1960, nous avons voulu explicitement contribuer à l'édification d'une littérature et d'une édition nationales.
Pour nous, à l'Hexagone, il n'importait plus seulement de prendre la parole, d'écrire une poésie neuve, d'agir dans le champ littéraire et sur son processus, mais il entrait dans notre dessein de constituer un fonds d'édition, d'assurer la continuité des uvres déjà commencées tout en faisant place à celles qui naissent, bref de baliser notre littérature. Avec la création de la collection «Rétrospectives» en 1963, notre perspective s'est renversée : nous ne pensions plus en fonction d'un livre à la fois, mais désormais en termes d'uvres. Celles d'hier comme celles d'aujourd'hui et de demain. Un jour de 1970, Paul-Marie Lapointe me faisait remarquer que nous avions de plus en plus une littérature «complète». Juste. Non plus une littérature de service et plus ou moins univoque, accablée par l'obsession ethnique et jouant une suppléance, mais enfin une activité intellectuelle et littéraire qui se déploie dans tous les genres et investit tous les domaines. Après coup, je pense que c'est ce qui caractérise l'Hexagone comme maison d'édition et dans ses choix, d'avoir présent à l'esprit une conception historique et globale. Notre catalogue en rend compte. Nous tentons d'illustrer la continuité dans les ruptures nécessaires.» (Gaston Miron, «L'Hexagone pour demain», L'Hexagone, rétrospective 1953-1978, BNQ, 1979, p. 7-8)
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À l'Hexagone, [ ] on commence modestement, discrètement. De quoi s'agit-il? Non pas de faire une révolution littéraire, mais «de porter simplement à l'attention du public, ce qui est dans la tête et le cur de nos vies». Nous, c'est-à-dire, au premier chef, les deux poètes qui signent le premier recueil de l'Hexagone, en 1953: Deux sangs, d'Olivier Marchand et Gaston Miron. Nous, c'est aussi l'équipe, les six, dont il faut rappeler les noms: outre Marchand et Miron, Mathilde Ganzini, Gilles Carle, Jean-Claude Rinfret, Louis Portugais. «Cette première publication est une uvre d'équipe.» Et encore, enfin, nous, c'est l'ensemble des premiers lecteurs, des amis des quatre coins du Québec qu'on invite à souscrire. L'Hexagone, c'est une affaire d'amitié, de communication dans l'amitié. On croit à la poésie dans la mesure où elle peut être le lieu d'une rencontre. On ne lui en demande pas plus; on ne lui en demande pas moins -- et c'est énorme.
Quand l'Hexagone paraît, le Canada français n'est pas, pour la poésie, une terra ignora. Il y a parmi les plus grands, Saint-Denys-Garneau, Alain Grandbois, Rina Lasnier, Anne Hébert. Quelques années auparavant, c'était Refus global, et son appel à la libération des énergies créatrices. Gilles Hénault, Paul-Marie Lapointe, Roland Giguère ont déjà fait paraître leurs premiers poèmes. Au début des années cinquante, les Éditions de Malte ont publié Fernand Dumont et un jeune poète évidemment possédé par la grâce, Sylvain Garneau, Nelligan des temps nouveaux. Or les premiers recueils paraissant à l'enseigne de l'Hexagone, ceux de Gaston Miron, Olivier Marchand, Jean-Guy Pilon, Luc Perrier, Fernand Ouellette, ne s'imposent pas dans ce milieu poétique par des qualités radicalement nouvelles qui signaleraient un dépassement, thématique ou formel. Ce qui est nouveau, à l'Hexagone, c'est l'Hexagone même. C'est-à-dire une action concertée, dans les «mille contraires de la poésie» qui engage l'équipe d'édition et le lecteur au même titre que le poète; et une action durable, qui accepte de se soumettre à la loi de la durée, des maturations progressives. Dès lors, la poésie, sans changer de nature ou même de thèmes, de formes, change de sens. On ne lit pas Ouellette ou Perrier -- je cite à dessein deux poètes très différents l'un de l'autre -- comme on les lirait s'ils avaient été publiés chez Fidès, Beauchemin, aux Éditions de Malte. Ils appartiennent à un lieu qui les définit autant qu'ils le définissent. L'Hexagone, c'est, dans une certaine mesure la fin de la dispersion poétique au Canada français.
Ce lieu, on le sait, n'a cessé de grandir depuis vingt-cinq ans, et c'est par fidélité à sa vocation première que l'Hexagone a pu accueillir, à certains moments de leur carrière, des poètes venus des horizons les plus divers: des aînés, Alain Grandbois, Rina Lasnier, Alphonse Piché; des surréalistes de la première heure, Gilles Hénault, Paul-Marie Lapointe, Roland Giguère; et tant d'autres poètes qui se retrouvent là comme dans une plus grande maison, sans avoir à renier les lieux plus intimes où ils cultivent leurs particularités. Rassembler, dans le respect des différences, y avait-il ouvrage plus nécessaire durant ces années où tant de choses se sont disjointes? Je parle de la poésie, de la littérature, mais je parle aussi de la société, car l'Hexagone occupe évidemment une place importante dans le texte général où se rencontrent les discours multiples de notre collectif. (Extrait de Gilles Marcotte, «Une aventure exemplaire» dans L'Hexagone, rétrospective 1953-1978, BNQ, 1979, p. 13-14)
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