Jean-Guy Pilon

Jean-Guy Pilon est né à Saint-Polycarpe en 1930. Avocat de formation, il travaille pour Radio-Canada comme réalisateur. Il est un des principaux organisateurs de la Rencontre des écrivains. Il a dirigé l'Hexagone de 1959 à 1961, pendant l'absence de Miron, parti en France. Il est à l'origine de la revue Liberté. Il a publié plusieurs recueils. Citons Les Cloîtres de l'été, Recours au pays, Pour saluer une ville, Comme eau retenue. Il remporte, en 1970, le prix du Gouverneur général et en 1984, le prix David.


Accord sans passé...

Accord sans passé
Chant d'oiseau dans l'arbre sans feuille
Là se répètent les mots tous oubliés
Pour la vie pour la mort

Je n'entendais pas tes larmes à travers nos refus
Je n'entendais pas 1a source de nos espérances détournées

Triste masque de silence vaincu
Nous pensions la paix c'était la honte

Il n'a fallu qu'un peu de pain sur nos langues sèches
Il n'a fallu qu'un soupir vers le lendemain fertile
Pour comprendre la fin et le risque fragile
Pour comprendre les cendres amassées de la nuit

Il n'a fallu que ton regard triste sur mon corps déchiré
Il n'a fallu qu'une main levée accueillant ma douleur
Pour retrouver les routes difficiles très longues
Où veille la Beauté sans voile ni remords

Je te le dis pour l'avenir entre nous
Je te le dis pour le cœur battant du printemps
La lourde mémoire nous poursuit au-delà de nous-mêmes
Il faut réapprendre les espoirs nécessaires

(Les Cloîtres de l'été, 1954, p. 21)

 

 

L'avant-propos de René Char pour Les Cloîtres de l'été

AVANT-PROPOS

Ce que la poésie a de plus probant, de plus inaltérable, lorsque sa qualité la place d'emblée en même temps que hors d'atteinte des entreprises discordantes des hommes, au centre de leur existence obscure, c'est son universalité, son ubiquité passion, née, ce pouvoir d'être et d'agir partout à la fois avec des dons égaux de surprendre et de troubler. L'ordre du soleil et celui de la nuit ne sauraient être dérangés par la seule pression de notre caprice, cependant ils nous prodiguent la force de les maudire et la grâce de les aimer... Pareillement la poésie.

Jean.Guy Pilon, que je ne connais pas, sinon par ses vers des Cloîtres de l'été qui annoncent un poète dont la voix déjà nous est chère, depuis que Je le lis, passe chaque soir le même seuil que moi! Nous respirons un air semblable; et l'inquiétude des arbres, la condition des hommes que nous croisons se reflètent dans nos yeux identiquement. Tel est le privilège souverain de la poésie: elle rapproche et confond, fait mûrir autour du même noyau ce qui vraisemblablement se cherche sans se voir à travers un océan de séparation.

Il n'a fallu qu'un peu de pain
sur nos langues sèches…
écrit Jean-Guy Pilon......

Il a fallu la licence de cette étoile que nous ne pouvons fixer au même moment.

René CHAR

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