Paul-Marie Lapointe

Paul-Marie Lapointe est né à Saint-Félicien en 1929. À 18 ans, il écrit Le Vierge incendié. Il rencontre Claude Gauvreau qui l'aide dans sa démarche poétique. Il pratique le métier de journaliste. Il participe à la fondation de Liberté. Il se joint à l'Hexagone dans les années 1950. Il publie son fameux poème «Arbre» en 1960 et une rétrospective de son œuvre Le Réel absolu en 1970, laquelle lui vaut le prix du Gouverneur général. Il reçoit le prix David en 1971, l'International Poetry forum en 1976 et le prix Léopold-Senghor en 1998.


Photo : Josée Lambert
Arbres

J'écris arbre

arbre d'orbe en cône et de sève en lumière
racines de la pluie et du beau temps     terre animée

pins blancs      pins argentés     pins rouges et gris
pins durs à bois lourd     pins à feuilles tordues
potirons et baliveaux
pins résineux     chétifs des rochers     pins du lord
   pins aux tendres pores     pins roulés dans leur neige
   traversent les années     mâts fiers voiles tendues
   sans remords et sans larmes     équipages armés
pins des clames armoires et des maisons pauvres
bois de table et de lit
bois d'avirons de dormants de poutres     portant le
   pain des hommes dans tes paumes carrées

cèdres de l'est      thuyas et balais     cèdres blancs
   bras polis     cyprès jaunes      aiguilles couturières
   emportées     genévriers cèdres rouges      cèdres
   bardeaux parfumeurs     coffres des fiançailles lambris
   des chaleurs

genévrier qui tient le plomb des alphabets

épinettes grises      noires     blanches      épinettes de
     savane
clouées
épinette breuvage d'été     piano droit      tambour fougueux

sapins blancs      sapins rouges     concolores et gracieux      sapins grandissimes     sapins de Babel
   coiffeurs des saisons     pilotis des villes fantasques
locomotives gercées     toit des mines
sapin     bougie des enfances

conifères d'abondance     espèces hérissées     crêtes
   vertes des matinaux     scaphandriers du vent
   conifères dons quichottes sans monture sinon la
   montagne     clairons droits foudroyant le ciel
   conifères     flammes pétrifiées      vertes brûlantes
   gelées de feu     conifères
arêtes de poissons verticaux dévorés par l'oiseau

j'écris arbre
arbre pour l'arbre

[...]

(Le réel absolu, 1974, p. 171-172)

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