Morceaux choisisPour aller plus loin* * * |
LA NAISSANCE DE JEAN-LE-MAIGRELa famille de Jean-le-Maigre compte seize enfants. Elle vit à la campagne, sur une ferme, dans la misère la plus abjecte. Ses parents, occupés par les travaux des champs, sont quasi absents; Grand-Mère Antoinette, aidée de M. le curé, trône de tout son poids sur «cette petite misère».
Pivoine est mort Pivoine est mort À table tout le monde Mais heureusement, Pivoine était mort la veille et me cédait la place, très gentiment. Mon pauvre frère avait été emporté par l'épi... l'api... l'apocalypse... l'épilepsie quoi, quelques heures avant ma naissance, ce qui permit à tout le monde d'avoir un bon repas avec M. le curé après les funérailles. Pivoine retourna à la terre sans se plaindre et moi j'en sortis en criant. Mais non
seulement je criais, mais ma mère criait elle aussi de douleur, et pour recouvrir nos
cris, mon père égorgeait joyeusement un cochon dans l'étable! Quelle journée! Le sang
coulait en abondance, et dans la petite boîte noire sous la terre, Pivoine (Joseph-Aimé)
dormait paisiblement et ne se souvenait plus de nous. Ma mère hocha la tête : M. le Curé m'a admiré dès ce jour-là. La récompense c'était moi. Combien on m'avait attendu! Combien on m'avait désiré! Comme on avait besoin de moi! J'arrivais juste à temps pour plaire à mes parents. «Une bénédiction du ciel», dit M. le Curé. (Marie-Claire BLAIS, Une saison dans la vie d'Emmanuel, Montréal, Éditions du Jour, 1971, pages 49-50) (1re édition : 1965 ) Questions
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