Morceaux choisis

Hubert Aquin

Gérard Bessette

Marie-Claire Blais

Jacques Brault

Roch Carrier

Paul Chamberland

Marcel Dubé

Réjean Ducharme

Anne Hébert

Michelle Lalonde

Gatien Lapointe

Gaston Miron

Jacques Poulin

Michel Tremblay

Pour aller plus loin

L'avant-garde

Les anglophones

* * *

Début du chapitre

SUITE FRATERNELLE

Ce poème a été publié dans le recueil Mémoire. Il en constitue la partie centrale (plus de deux cents vers). Jacques Brault l'a écrit à la mémoire de son frère, Gilles, mort lors de la Deuxième Guerre mondiale. Il a mis vingt ans (1943-63) à le composer. Nous en présentons trois courts extraits.

Et nous   nous demeurons pareils à nous-mêmes rauques
     comme la rengaine de nos misères

Nous
les bâtards sans nom
les déracinés d'aucune terre
les boutonneux sans âge
les demi-révoltés confortables
les clochards nantis
les tapettes de la grande tuerie
les entretenus de la Saint-Jean-Baptiste  (p. 47)

Tu es beau mon pays   tu es vrai avec ta chevelure de
     fougère et ce grand bras d'eau qui enlace la solitude des
     îles

Tu es sauvage et net de silex et de soleil
Tu sais mourir tout nu dans ton orgueil d'orignal roulé dans
     les poudreries aux longs cris de sorcières

Tu n'es pas mort en vain Gilles et tu persistes en nos saisons
    remueuses

Et nous aussi nous persistons comme le rire des vagues au fond
de chaque anse pleureuse (p. 52)

Voici qu'un peuple apprend à se mettre debout
Debout et tourné vers la magie du pôle   debout entre trois océans
Debout face aux chacals de l'histoire face aux pygmées de la peur
Un peuple aux genoux cagneux aux mains noueuses tant il a rampé dans la honte
Un peuple ivre de vents et de femmes s'essaie à sa nouveauté (p. 54)

(Jacques BRAULT, Mémoire, Montréal, Librairie Déom, 1965)


Questions

  1. La poésie de Brault est très narrative (il raconte une histoire). Quel en est l'élément déclencheur?

  2. À partir de quelle strophe passe-t-on du drame individuel au drame collectif?

  3. Comment Brault décrit-il le peuple québécois?

  4. En quoi le destin de son frère est-il exemplaire du destin collectif?