Et nous nous demeurons pareils à nous-mêmes rauques
comme la rengaine de nos misères
Nous
les bâtards sans nom
les déracinés d'aucune terre
les boutonneux sans âge
les demi-révoltés confortables
les clochards nantis
les tapettes de la grande tuerie
les entretenus de la Saint-Jean-Baptiste (p. 47)
Tu es beau mon pays tu es vrai avec ta chevelure de
fougère et ce grand bras d'eau qui enlace la solitude des
îles
Tu es sauvage et net de silex et de soleil
Tu sais mourir tout nu dans ton orgueil d'orignal roulé dans
les poudreries aux longs cris de sorcières
Tu n'es pas mort en vain Gilles et tu persistes en nos saisons
remueuses
Et nous aussi nous persistons comme le rire des vagues au fond
de chaque anse pleureuse (p. 52)
Voici qu'un peuple apprend à se mettre debout
Debout et tourné vers la magie du pôle debout entre trois océans
Debout face aux chacals de l'histoire face aux pygmées de la peur
Un peuple aux genoux cagneux aux mains noueuses tant il a rampé dans la honte
Un peuple ivre de vents et de femmes s'essaie à sa nouveauté (p. 54)