Morceaux choisis

Hubert Aquin

Gérard Bessette

Marie-Claire Blais

Jacques Brault

Roch Carrier

Paul Chamberland

Marcel Dubé

Réjean Ducharme

Anne Hébert

Michelle Lalonde

Gatien Lapointe

Gaston Miron

Jacques Poulin

Michel Tremblay

Pour aller plus loin

L'avant-garde

Les anglophones

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Début du chapitre

LES FRENCH CANADIANS

On est en 1942, dans la campagne québécoise. Même si les Canadiens français ont voté contre la Conscription, on leur a imposée. Contrairement à la plupart des conscrits, qui se sont cachés dans les bois pour ne pas aller à la guerre, Corriveau s'est engagé de plein gré. Sa témérité lui a coûté la vie. Quelques soldats anglais sont chargés de le ramener dans son village. Pendant la «veillée du corps», ils observent, médusés, le comportement des Canadiens français.

Quelle sorte d'animaux étaient donc ces French Canadians? Ils avaient des manières de pourceaux dans la porcherie. D'ailleurs, à bien les observer, à les regarder objectivement, les French Canadians ressemblaient à des pourceaux. Les Anglais longs et maigres examinaient le double menton des French Canadians, leur ventre gonflé, les seins des femmes gros et flasques, ils scrutaient les yeux des French Canadians flottant inertes dans la graisse blanche de leur visage, ils étaient de vrais porcs, ces French Canadians dont la civilisation consistait à boire, manger, péter, roter. Les soldats savaient depuis longtemps que les French Canadians étaient des porcs. «Donnez-leur à manger, donnez-leur où chier et nous aurons la paix dans le pays», disait-on. Ce soir, les soldats avaient sous les yeux la preuve que les French Canadians étaient des porcs.

Corriveau, ce French Canadian qu'ils avaient transporté sur les épaules dans une neige qui donnait envie de s'y étendre et de geler, tant la fatigue était profonde, Corriveau, ce French Canadian qui dormait sous leur drapeau, dans un uniforme semblable à celui dont ils étaient si orgueilleux, ce Corriveau était aussi un porc.

Les French Canadians étaient des porcs. Où s'arrêteraient-ils? Le Sergent jugea que le temps était venu de prendre en main la situation. Les French Canadians étaient des porcs indociles, indisciplinés et fous. Le Sergent dessina dans sa tête un plan d'occupation.

(Roch CARRIER, La Guerre, yes Sir !, Montréal, Les Éditions du jour, 1971, pages 90-91) (1re édition : 1968)


Questions

Ce récit mélange les genres. Lesquels?

Quels sont les préjugés que les soldats anglais entretiennent à l'égard des Canadiens français?

Qu'est-ce qu'on peut dire du style de Rock Carrier?