Morceaux choisis

Hubert Aquin

Gérard Bessette

Marie-Claire Blais

Jacques Brault

Roch Carrier

Paul Chamberland

Marcel Dubé

Réjean Ducharme

Anne Hébert

Michelle Lalonde

Gatien Lapointe

Gaston Miron

Jacques Poulin

Michel Tremblay

Pour aller plus loin

L'avant-garde

Les anglophones

* * *

Début du chapitre

FEMME QUOTIDIENNE

Le poème qui suit est tiré de Terre Québec (1964). Paul Chamberland décrit le lien entre le privé (ici, les rapports amoureux) et le social. Contrairement à d'autres poètes, pour lui, le pays s'incarne dans la ville, dans le quotidien des travailleurs d'usines plutôt que dans l'image de la nature.

l'Amérique bourdonne à la fenêtre et tu dors et notre enfant bouge en toi doucement
entre nous le matin la caresse d'un faon passe mais là la blessure du monde s'ouvrait
dans la rose où nous avons dormi
la parole entre nous lovée jusqu'au silence le oui et le non cueillis à tes dents repris à mes doigts
ô parfum de toi dans mon domaine foudroyé tes pas d'eau vive dans les sentes brûlées de ma soif
ensemble nous avons mal et ferveur et colère
ensemble nous refusons l'innocence d'où les hommes sont bannis
et tout est horizon à hauteur de la main à hauteur de la terre
la rose du matin traverse Montréal et s'effeuille inutilement au vacarme des rues
moi j'entends le marteau du blasphème rougir le ciel des hauts fourneaux des banques des églises des bordels
j'entends rugir l'homme acheté au prix de ses journées l'homme dépouillé nu au milieu de ses rêves désaffectés
ô l'homme déchiré qui trace de son sang le sillon de l'exil au milieu du monde enfin lourd de ses fruits

(Paul CHAMBERLAND, Terre Québec, Librairie Déom, 1964, p. 62)


Questions

  1. Qu'est-ce qui caractérise les rapports amoureux dans ce poème?

  2. Selon Chamberland, pourquoi l'homme et la femme ne réussissent pas à vivre pleinement leur amour?