Morceaux choisisPour aller plus loin* * * |
UNE PASSION DÉVORANTEKamouraska, dont Claude Jutra a tiré un film assez réussi, s'est mérité le Prix des libraires en France en 1971. Anne Hébert raconte l'histoire d'Élisabeth d'Aulnières, qui a comploté avec son amant, le docteur George Nelson, pour assassiner son mari, Antoine Tassy, seigneur de Kamouraska. Elle s'en est assez bien tirée avec la justice, a épousé un autre homme, Jérôme Rolland. Elle est maintenant vieille et, au chevet de son second mari, elle se remémore cette ancienne histoire. Dans l'extrait qui suit, elle se rend chez George Nelson, décidée à vivre pleinement sa passion.
- Tiens-toi droite. On peut nous voir de la route. C'est que tu veux, n'est-ce pas? Ses vêtements rejoignent immédiatement les miens, par terre en un grand désordre. - Souffle la lampe à présent. Je tâtonne pour tourner la mèche. J'essaye de souffler. On dirait qu'il n'y a plus d'air en moi. Une sorte de soupir, un spasme plutôt, rauque comme un sanglot, s'échappe enfin de ma poitrine. La voix sourde de George répète : - Tu es contente? Très contente sans doute? Nous n'avons vraiment plus rien à perdre à présent? Je ne puis articuler aucune parole. Toute la campagne autour de la maison. Quel témoin se cache dans la nuit? Nous épie? Dès l'aube, demain, lâchera ses nouvelles. Comme un vol de pigeons. Chez le juge John Crebessa de Sorel. Plus loin que Sorel. Plus loin que Québec même. Tout le long du fleuve... Atteindra bientôt, dans son manoir, le seigneur condamné de Kamouraska. Un gémissement parvient à sortir de ma gorge. Avant même que George ne me couche sur le tas de vêtements par terre. Le poids d'un homme sur moi. Son poil de bête noire. Son sexe dur comme une arme. (Anne Hébert, Kamouraska, Paris, Seuil, 1970, p. 158-159) Questions
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