Morceaux choisis

Hubert Aquin

Gérard Bessette

Marie-Claire Blais

Jacques Brault

Roch Carrier

Paul Chamberland

Marcel Dubé

Réjean Ducharme

Anne Hébert

Michelle Lalonde

Gatien Lapointe

Gaston Miron

Jacques Poulin

Michel Tremblay

Pour aller plus loin

L'avant-garde

Les anglophones

* * *

Début du chapitre

LE DAMNED CANUCK

Le recueil de Miron, L'Homme rapaillé, comprend plusieurs suites (ensemble de poèmes groupés autour d'un thème). Ce poème fait partie de «La Batèche». Cette suite ne contient que deux poèmes : «Le damned Canuck» et «Séquences». L'idée de «La batèche» lui est venue dans une taverne en 1953. Ses compagnons et lui se récitaient leurs poèmes. Autour d'eux les habitués forment un cercle. Laissons Miron raconter la suite : «Tout à coup l'un de ceux-ci nous apostrophe : "C'est pas ça, vous l'avez pas pantoute. C'est comme ça qu'on dit : Crisse de câlisse de tabarnak d'ostie de saint-chrême..." En un éclair, je viens de saisir l'un des éléments rythmiques de notre parole populaire, celui du juron.» 

Nous sommes nombreux silencieux raboteux rabotés
dans les brouillards de chagrin crus
à la peine à piquer du nez dans la souche des misères
un feu de mangeoire aux tripes
et la tête bon dieu, nous la tête
un peu perdue pour reprendre nos deux mains
ô nous pris de gel et d'extrême lassitude

la vie se consume dans la fatigue sans issue
la vie en sourdine et qui aime sa complainte
aux yeux d'angoisse travestie de confiance naïve
à la rétine d'eau pure dans la montagne natale
la vie toujours à l'orée de l'air
toujours à la ligne de flottaison de la conscience
un monde la poignée de porte arrachée

ah sonnez crevez sonnailles de vos entrailles
riez et sabrez à la coupe de vos privilèges
grands hommes, classe écran, qui avez fait de moi
le sous-homme, la grimace souffrante du cro-magnon
l'homme du cheap way, l'homme du cheap work
le damned Canuck
seulement les genoux seulement le ressaut pour dire

(Gaston MIRON, L'Homme rapaillé, Montréal, PUM, 1970, p. 55)


Questions

  1. Que signifie ce titre? Quelle en est la connotation? D'où vient cette expression? Dans quel contexte l'emploie-t-on?

  2. Dans la première strophe (v. 3 et v. 4), deux métaphores de Miron prennent comme terme de comparaison un objet appartenant au folklore québécois. Lesquelles?

  3. On désigne l'homme par des parties de son corps. Lesquelles? Qu'est-ce qu'il faut en comprendre?

  4. Dans la troisième strophe, à qui s'adresse l'auteur? Sur quel ton le fait-il dans les trois premiers vers?

  5. Pourquoi Miron utilise-t-il l'anglais pour désigner le Québécois?

  6. Pourquoi le dernier vers n'est-il pas rattaché à la troisième strophe?

  7. Quel but poursuit l'auteur (qu'est-ce qu'il essaie de faire) dans ce poème?

  Écoutez Miron récitant le poème liminaire, «L'homme rapaillé». 

  Écouter Nathalie Lessard  et ses Têtes de contre (© Dire éditeur, Socan 1998) le récitant. (406 ko)

 

L'HOMME RAPAILLÉ

J'ai fait de plus loin que moi un voyage abracadabrant
il y a si longtemps que je ne m'étais pas revu
me voici en moi comme un homme dans une maison
qui s'est faite en son absence
je te salue, silence

je ne suis pas revenu pour revenir
je suis arrivé à ce qui commence