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LA MISSION DU CLERGÉArthur Buies (1840-1901) est l'un des personnages les plus pittoresques du XlXe siècle. Cet essayiste, qui fut l'une des figures marquantes du mouvement libéral (les Rouges), tenta dans les années 1860 de résister au clergé, qui monopolisait le pouvoir. D'abord, contestataire de l'ordre établi, il se rangera vers la quarantaine, devenant le bras droit du curé Labelle dans ses entreprises de colonisation du Nord québécois. (Pour en savoir plus)
Tout ce qui pouvait indiquer un symptôme d'indépendance, un soupçon de libéralisme, leur devint dès lors antipathique et odieux; et plus tard, au nom de cette sujétion honteuse qu'ils recommandaient comme un devoir, ils anathématisaient les Patriotes de 37, pendant que nos tyrans les immolaient sur les échafauds. En tout temps, ils se sont chargés de l'éducation, et l'ont dirigée vers ce seul but, le maintien de leur puissance, c'est-à-dire l'éternelle domination de l'Angleterre. En voulez-vous des preuves? Ils n'admettent dans l'enseignement que des livres prescrits par eux, recommandés par leur ordre, c'est-à-dire qu'ils n'enseignent à la jeunesse rien en dehors d'un certain ordre d'idées impropre au développement de l'esprit. Tous les divers aspects des choses sont mis de côté; l'examen approfondi, les indépendantes recherches de la raison qui veut s'éclairer sont condamnées sévèrement. On ne vous rendra pas compte des questions, on vous dira de penser de telle manière, parce que tel auteur aura parlé de cette manière; il ne faut pas voir si cet auteur a dit vrai, il faut avant tout que l'esprit obéisse et croie aveuglément. On ne s'occupe pas de savoir si la vérité est en dehors de ce qu'on enseigne; à quoi servirait la vérité qui renverserait tout cet échafaudage dogmatique d'oppression intellectuelle? [...] Vous le savez. Il n'y a qu'une chose vivante en Canada, c'est le
clergé; il absorbe tout, politique, éducation, presse, gouffre immense et si profond que
le désespoir s'empare des penseurs patriotiques. Eh bien! il faut y descendre, il faut
plonger la main dans l'abîme, et non pas s'arrêter sur ses bords. On ne transige pas
avec l'absolutisme clérical, avec un ennemi qui ne vous épargne qu'à la condition que
vous ne soyez rien devant lui. Mais on l'attaque de front; il faut savoir mourir quand on
ne peut vaincre.
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texte complet. (Arthur BUIES, Lettre sur le Canada, 1864) Questions
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