Morceaux choisis

Antoine Gérin-Lajoie

Claude-Henri Grignon

Germaine Guèvremont

Louis Hémon

Albert Laberge

Ringuet

Félix-Antoine Savard

Pour aller plus loin

Poètes du terroir

Poètes du terroir II

Poètes du terroir III

Arthur Buies

Edmond Massicotte

Les Exotiques

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Début du chapitre

LA MISSION DU CLERGÉ

Arthur Buies (1840-1901) est l'un des personnages les plus pittoresques du XlXe siècle. Cet essayiste, qui fut l'une des figures marquantes du mouvement libéral (les Rouges), tenta dans les années 1860 de résister au clergé, qui monopolisait le  pouvoir. D'abord, contestataire de l'ordre établi, il se rangera vers la quarantaine, devenant le bras droit du curé Labelle dans ses entreprises de colonisation du Nord québécois. (Pour en savoir plus)

Ce fut un jour malheureux où le clergé se sépara des citoyens : il avait une belle mission à remplir, il la rejeta : il pouvait éclairer les hommes, il préféra les obscurcir; il pouvait montrer par le progrès la route de l'lndépendance, il aima mieux sacrifier aux idoles de la terre, et immoler le peuple à l'appui que lui donnerait la politique des conquérants. Il y a à peu près un demi-siècle, l'évêque Plessis demandait uniquement à la métropole qu'on voulût bien garantir le maintien de la foi catholique en Canada. Dès qu'il l'eut obtenu, et que l'Angleterre vit tous les moyens qu'elle pourrait tirer pour sa domination du prestige que le clergé exerçait sur les masses, le Canada fut perdu. Les prêtres ne demandaient qu'une chose, la religion catholique, et ils abandonnaient tout le reste. Dès lors, ils se joignirent à nos conquérants et poursuivirent de concert avec eux la même œuvre. Ils intervinrent dans la politique, et crurent bien faire en y apportant les maximes de la théocratie; ils n'y virent qu'une chose, l'obéissance passive; ils n'y recommandèrent qu'une vertu, la loyauté absolue envers l'autorité, c'est-à-dire envers la nation qui nous persécutait depuis 50 ans. Ils abjurèrent toute aspiration nationale, et ne se vouèrent plus qu'à un seul but auquel ils firent travailler le peuple, la consolidation et l'empire de leur ordre.

Tout ce qui pouvait indiquer un symptôme d'indépendance, un soupçon de libéralisme, leur devint dès lors antipathique et odieux; et plus tard, au nom de cette sujétion honteuse qu'ils recommandaient comme un devoir, ils anathématisaient les Patriotes de 37, pendant que nos tyrans les immolaient sur les échafauds.

En tout temps, ils se sont chargés de l'éducation, et l'ont dirigée vers ce seul but, le maintien de leur puissance, c'est-à-dire l'éternelle domination de l'Angleterre.

En voulez-vous des preuves? Ils n'admettent dans l'enseignement que des livres prescrits par eux, recommandés par leur ordre, c'est-à-dire qu'ils n'enseignent à la jeunesse rien en dehors d'un certain ordre d'idées impropre au développement de l'esprit. Tous les divers aspects des choses sont mis de côté; l'examen approfondi, les indépendantes recherches de la raison qui veut s'éclairer sont condamnées sévèrement. On ne vous rendra pas compte des questions, on vous dira de penser de telle manière, parce que tel auteur aura parlé de cette manière; il ne faut pas voir si cet auteur a dit vrai, il faut avant tout que l'esprit obéisse et croie aveuglément. On ne s'occupe pas de savoir si la vérité est en dehors de ce qu'on enseigne; à quoi servirait la vérité qui renverserait tout cet échafaudage dogmatique d'oppression intellectuelle? [...]

Vous le savez. Il n'y a qu'une chose vivante en Canada, c'est le clergé; il absorbe tout, politique, éducation, presse, gouffre immense et si profond que le désespoir s'empare des penseurs patriotiques. Eh bien! il faut y descendre, il faut plonger la main dans l'abîme, et non pas s'arrêter sur ses bords. On ne transige pas avec l'absolutisme clérical, avec un ennemi qui ne vous épargne qu'à la condition que vous ne soyez rien devant lui. Mais on l'attaque de front; il faut savoir mourir quand on ne peut vaincre.

Lire le texte complet.

(Arthur BUIES, Lettre sur le Canada, 1864)
 


Questions

  1. Relevez quelques-unes des accusations de Buies à l'encontre de la religion.