Morceaux
choisis
Antoine Gérin-Lajoie
Claude-Henri
Grignon
Germaine Guèvremont
Louis Hémon
Albert
Laberge
Ringuet
Félix-Antoine
Savard
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plus loin
Poètes du terroir
Poètes
du terroir II
Poètes
du terroir III
Arthur Buies
Edmond
Massicotte
Les Exotiques
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du chapitre |
L'arbre
Le thème de l'arbre
traverse toute la poésie québécoise, des écrivains patriotiques jusqu'à
Hélène Dorion, en passant par Saint-Denys Garneau et les Lapointe, Gatien
et Paul-Marie, bien
entendu.
Dans la période qui
nous intéresse, on s'en est servi comme porte-étendard du nationalisme
canadien-français, mais aussi pour célébrer les beautés de la nature
laurentienne. Lui qui survit aux générations, l'arbre devient témoin du
passé, gardien de la mémoire, compagnon de route, en plus de prodiguer
généreusement ses bienfaits : ombre, chaleur, outils...
L'érable, l'orme et
le pin ont été particulièrement célébrés par les poètes et artistes. Tout
de suite, on pense aux somptueux tableaux de
Marc-Aurèle Fortin,
aux beaux textes du Frère Marie-Victorin («L'orme
des Hamel», «La
chanson des ormes»). L'image ci-contre est l'œuvre du poète Albert
Ferland et, tout comme le premier poème choisi pour illustrer ce thème,
elle est extraite d'un petit recueil publié en 1909, L’Âme des bois.
Voici quelques poètes, pas nécessairement du terroir, qui célèbrent
les arbres.
Albert Ferland
(1872-1943) «s'abandonne aux multiples inspirations qui lui viennent
du sentiment ou de la nature. Plus tard, il s'est appliqué à chanter
surtout la terre et la forêt canadiennes. Sous le titre général Le
Canada chanté, il a publié Les Horizons (1908), Le
Terroir (1909), L'Âme des Bois (1909), et La Fête du
Christ à Ville-Marie (1910). » (Camille Roy, 1939, p. 107-108)
AUX ARBRES DE CHEZ NOUS
O le vert lumineux des feuilles que vous faites, Arbres puissants des monts, des grèves, des marais.
Quand Mai revient sourire aux austères forêts, Et fait chanter l'Amour dans la terre où vous êtes,
O le vert lumineux des feuilles que vous faites!
C'est bien, les Arbres bons, soyez verts, soyez beaux!
Votre œuvre est grande, et l'homme avec amour l'accueille; Feuillez, feuillez, feuillez, gloire à l'Arbre qui feuille
Pour la source et les nids, pour l'homme et les troupeaux! Veuillez, Arbres feuillant, splendeur des renouveaux!
Aimez notre pays, Pins noirs et beaux Érables. Peuplez la plaine. Altiers et forts, gardez les eaux.
Sans vous nos lacs géants se feraient misérables, Et les jours n'auraient plus le miroir des ruisseaux.
Aimez notre pays, Pins noirs et beaux Érables.
Vivez chez nous, vivez, vivez, Arbres vivants! Frangez d'un vert profond la fuite des prairies;
Faites des fleurs, semez votre âme aux quatre vents; Toujours aimés, soyez sans fin dans ma patrie;
Vivez chez nous, vivez, vivez, Arbres vivants!
Le Canada chanté –
L’Âme des bois, Montréal, Chez l’auteur, 1909, p. 23-24
Albert Lozeau
(1878-1924) n'est pas un poète du terroir, mais un poète intimiste.
Atteint de paraplégie, il observa le monde à partir de la fenêtre de sa
chambre. Autodidacte, il participa de loin à L'École littéraire de
Montréal. Il écrivit une série de Billets pour les journaux, mais surtout
trois recueils de poésie : L'Âme Solitaire (1907), Le Miroir des
Jours (1912), Lauriers et Feuilles d'Érable (1916).
ÉRABLE ROUGE
Dans le vent qui les tord les érables se plaignent,
Et j'en sais un, là-bas, dont tous les rameaux saignent!
Il est dans la montagne, auprès d'un chêne vieux, Sur le bord d'un chemin sombre et silencieux.
L'écarlate s'épand et le rubis s'écoule De sa large ramure au bruit frais d'eau qui coule.
Il n'est qu'une blessure où, magnifiquement, Le rayon qui pénètre allume un flamboiement!
Le bel arbre! On dirait que sa cime qui bouge A trempé dans les feux mourants du soleil rouge!
Sur le feuillage d'or au sol brun s'amassant, Par instant, il échappe une feuille de sang.
Et quand le soir éteint l'éclat de chaque chose, L'ombre qui l'enveloppe en devient toute rose!
La lune bleue et blanche au lointain émergeant, Dans la nuit vaste et pure y verse une eau d'argent.
Et c'est une splendeur claire que rien n'égale, Sous le soleil penchant ou la nuit automnale!
La Ville et les Bois,
Montréal, Imprimerie du Devoir, 1912, p. 78.
Pamphile Lemay
(1837-1918) a consacré maints poèmes, des «sonnets rustiques» comme il
les nomme, au travail de la terre. Ses plus belles réussites se trouvent
dans Les Gouttelettes. « La poésie de Pamphile Lemay tire son
charme de sa spontanéité. S'il n'est pas un artisan du vers très
exigeant sur la facture, il lui arrive d'émouvoir par sa sincérité
profonde.» (Duhamel, 1967, p. 24)
À UN VIEIL ARBRE
Tu réveilles en moi des souvenirs confus. Je t'ai vu, n'est-ce pas? moins triste et moins modeste.
Ta tête sous l'orage avait un noble geste, Et l'amour se cachait dans tes rameaux touffus.
D'autres, autour de toi, comme de riches fûts, Poussaient leurs troncs noueux vers la voûte céleste.
Ils sont tombés, et rien de leur beauté ne reste; Et toi-même, aujourd'hui, sait-on ce que tu fus?
Ô vieil arbre tremblant dans ton écorce grise! Sens-tu couler encore une sève qui grise?
Les oiseaux chantent-ils sur tes rameaux gercés?
Moi, je suis un vieil arbre oublié dans la plaine, Et, pour tromper l'ennui dont ma pauvre âme est pleine,
J'aime à me souvenir des nids que j'ai bercés.
Les Gouttelettes,
Montréal, Beauchemin, 1904, p. 143
Gonzalve Desaulniers
(1863-1934) fut l'un des fondateurs de l'École littéraire de Montréal.
« Avocat, juge, il n'a jamais cessé de cultiver les lettres, et de
s'adonner à l'art des vers. Il lut aux soirées du Château de Ramesay, où
se réunissait le groupe de l'École, ses premiers poèmes et il attendit
jusqu'à l'âge de soixante-sept ans avant de rassembler ses œuvres et de
les publier, sous le titre Les Bois qui chantent (1930)... Il se
plaît à chanter ses émotions, celles que lui procurent le spectacle des
bois, des champs, et celui de la mer.» (Camille Roy, 1939, p. 103-104)
LES PINS
Ô pins! qui versez l'ombre au sein des forêts vierges
Et qui dressez vos fûts superbes dans les airs,
La terre est un autel dont vous êtes les cierges,
Ô pins! qui la nimbez de vos grands rameaux verts.
Quand le soir hiémal s'allonge sur la cime
Des bois découronnés par le vent émondeur,
Vous gardez, si le gel les rouille ou les décime,
Sur vos robustes bras l'éternelle splendeur.
Que novembre s'embrume ou qu'avril étincelle,
L'air s'imprègne de vos aromes infinis;
Vous jetez les senteurs que votre ombre recèle,
L'hiver, aux arbres morts, et l'été, dans les nids.
Quand la pâle clarté du jour qui se dérobe
Estompe à l'horizon vos troncs audacieux
Il semble que du pied vous écrasez le globe
Et que de votre front vous étayez les cieux.
Et pourtant, pins rêveurs, de gigantesque taille,
Vous dominez en vain les éléments troublés,
Le fer du bûcheron vous frappe et vous entaille,
Et vous abat ainsi qu'un moissonneur, les blés;
Car votre majesté n'est pas même épargnée
Par ces déboisements sacrilèges qui font
Tomber sous le tranchant aigu de la cognée
Le chêne au cœur d'airain, et l'orme au flanc profond.
Les Bois qui chantent,
Beauchemin, 1930, p. 85-87
Adolphe Poisson
(1849-1922) est un poète mineur. Avocat de formation, il devint
fonctionnaire. «II fut "le barde d'Arthabaska". Il y mourut sous
les pins qu'il avait chantés. Heures perdues (1894), Sous
les Pins (1902), Chants du Soir (1912) sont les recueils où
il rassembla ses meilleurs poèmes. Son inspiration vit surtout du
culte de notre histoire, de nos traditions, de notre foi
religieuse.»
(Camille Roy, 1939, p. 67-68)
MES PINS
J’ai l’ombre de trois pins. Ces rois de mon parterre
Lèvent avec orgueil leurs fronts vertigineux.
Au printemps plus d’un nid s’y loge avec mystère,
Attiré par l’odeur de leur bois résineux.
Ô pins, vous survivrez à mon humble mémoire,
Et quand je dormirai dans l’oubli des vivants,
Que rien ne restera de mon pâle grimoire,
Vous couvrirez mon toit de vos rameaux mouvants.
Un jour, lorsque, couché là-bas au cimetière,
Je mêlerai ma cendre à l’humus engraissé,
Vous braverez le ciel de votre cime altière,
Témoins longtemps debout d’un fragile passé.
Les saisons passeront, les mois et les années,
Sous vos rameaux les nids succéderont aux nids;
Dépouille de l’hiver, vos aiguilles fanées
Serviront de jonchée aux gazons tout jaunis.
Un jour vous tomberez pourtant sans une trace,
Moins heureux que les pins si vantés de Tibur;
Pour vous rendre immortels vous n’aurez pas Horace
Et vous disparaîtrez comme le barde obscur.
Mais plus heureux que vous, ma cendre va renaître.
Un jour je sortirai de mon dernier sommeil;
À l’appel de mon Dieu je reprendrai mon être,
Tandis que vous, ô pins, c’est la mort sans réveil.
Sous les pins,
Montréal, Beauchemin, 1902, p. 3-5.
Louis-Joseph Doucet
(1874-1959) est un poète mineur. Il a exercé plusieurs métiers,
dont ceux de professeur et de fonctionnaire. Il fut membre de l'École
littéraire de Montréal. Il a repris les éditions Yon, à la mort de son
beau-père, Joseph-Georges Yon. Il a publié une trentaine recueils de
poésie dont le plus connu, son premier, La Chanson du passant.
LES FRÊNES
Tristes et las des soirs pleins de rafales blanches,
Sur la terre boueuse où jadis ils sont nés,
Ils tendent vers le ciel leurs suppliantes branches
Comme des bras de vieux tremblants et décharnés.
O frênes des ravins, soucieux solitaires,
Vous semblez repoussés du monde et, résignés,
Vous êtes un symbole au clair des lunes claires,
Et comme nous, au temps mauvais, vous vous plaignez !
Et nul ne songe à vous que la flamme qui ronge
Vos mornes troncs rugueux qui brûlent au foyer,
Et nul ne songe à vous que le hibou qui plonge
Dans votre solitude un regard effrayé.
Mais quand l'affreux éclair déchirant le nuage
Dévoile votre cime à l'œil ouvert des cieux,
Touchés de votre exil que tourmente l'orage
Des dieux versent sur vous leurs pleurs pour d'autres dieux.
Et tandis que l'on rêve aux éternités roses,
Tandis que nous fuyons sur nos chemins, hâtifs,
Vous vous enracinez au tremblement des choses
Qui passent dans vos nuits avec les vents plaintifs.
La Chanson du
passant, Montréal, Yon, 1908, p. 16

Gonzalve Desaulniers
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Adolphe Poisson
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