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Longtemps, on s'est demandé si la littérature québécoise existait. On connaît le célèbre aphorisme de Crémazie : «Si nous parlions iroquois ou huron, notre littérature vivrait.»
Au début du XXe siècle, Camille Roy reconnaissait son existence mais déplorait son identité faiblarde : «Notre goût littéraire n'est pas toujours très sûr, ni peut-être encore assez affiné.» S'ensuivit tout un débat à savoir si notre littérature n'était qu'une branche de la littérature française ou une littérature autonome. À la fin des années 1950, Samuel Baillargeon, au début de son manuel d'histoire littéraire, posait encore la question : «Avons-nous une littérature canadienne-française?» Les années 1960 ont clos ce débat en affirmant haut et fort l'existence de notre littérature, dorénavant nommée «littérature québécoise». Aujourd'hui, un tel débat semble bien oiseux. Non seulement notre littérature existe, mais jamais elle n'a paru aussi en santé.
Pour saisir l'évolution, il faut pratiquer un certain découpage (forcément subjectif), mettre en évidence certaines périodes. La littérature québécoise a évolué au rythme de l'histoire et des idéologies. Si tous les historiens et les sociologues s'entendaient pour reconnaître les mêmes périodes dans l'histoire du Québec, la tâche serait facilitée. Tel n'est pas le cas. Dans ce cours, nous avons opté pour un découpage à la fois idéologique et historique. Voilà pourquoi certaines périodes empruntent leur nom à l'histoire et d'autres à des mouvements socioculturels. Voilà pourquoi certaines étapes chevauchent. Une mentalité ne meurt pas du jour au lendemain. Elle subsiste un certain temps, résiste à celle qui lui succède. On n'a qu'à penser à la situation de l'écrivain dans le premier quart du vingtième siècle : il n'est pas rare de le voir passer d'un écrit du terroir à un écrit patriotique, du romantisme au réalisme, du symbolisme au parnasse, tantôt subissant les influences de l'École littéraire de Montréal, tantôt des «Exotistes».
Nous allons donc étudier le fait littéraire en parallèle avec l'évolution des mentalités au Québec.
Voici les six grandes périodes que nous avons retenues :
Chapitre 1 : Les écrits de la Nouvelle-France (1534-1763)
Chapitre 2 : Le courant patriotique (1760-1930)
Chapitre 3 : Le terroir (1840-1945)
Chapitre 4 : La grande noirceur (1930-1960)
Chapitre 5 : La Révolution tranquille (1960-1980)
Chapitre 6 : Le postmodernisme (1980-2000)
Comme Fernand Dumont l'a démontré, la société québécoise devient une société à part entière aux alentours des années 1840, au moment même où apparaît la littérature (D'ailleurs, pour Dumont, l'apparition de la littérature fait partie de l'acte fondateur d'un peuple). Auparavant, la littérature est produite par des écrivains français émigrés au Canada (très souvent de passage) qui adressent leurs écrits aux Français. Il va sans dire que nous insisterons peu sur les deux premières périodes. En fait, il en sera ainsi pour tout le XlXe siècle et même pour le début du XXe. La Littérature québécoise prend son véritable envol vers les années 1930.
Chaque période fera l'objet d'un chapitre. Chacun (sauf les deux premiers) comprend à peu près les mêmes rubriques. En voici le déroulement caractéristique :
Au fil de l'histoire : on présente les principaux jalons historiques.
Les idéologies : on décrit les idéologies dominantes durant la période.
La littérature : on trace quelques lignes de force de l'évolution littéraire. À partir du vingtième siècle, on fournit une liste d'œuvres reconnues, pour chacun des trois principaux genres littéraires.
Les auteurs : on décrit brièvement les principaux auteurs.
Morceaux choisis : on présente quelques extraits particulièrement significatifs pour illustrer l'époque.
À retenir : on pose une série de questions pour faciliter l'étude.
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