Morceaux choisis
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CHER FILS
Élisabeth
Bégon (1696-1755), née en Nouvelle-France, a entretenu une correspondance
(1748-1752) avec son gendre, retourné en France après la mort de sa femme (donc la fille de
Madame Bégon). Elle est veuve et vaguement amoureuse de ce gendre,
qu'elle appelle affectueusement son « cher fils ». Quand, à son tour, elle retourne en France
en 1749, son
gendre est rendu en Louisiane et elle continue de lui écrire. Cette
correspondance a été retrouvée en 1932. (On n'est pas
sûr que la photo ci-contre soit celle de Mme Bégon.) Ses lettres sont
intéressantes parce qu'elles nous offrent un aperçu de la vie urbaine à la
fin du régime français.
Il est heureux, cher fils, pour tous ceux qui se livrent à la danse, qu'ils aient deux jours à se reposer, car je crois qu'ils en mourraient : ils sont sortis ce matin du bal à six heures. Je ne doute point qu'une partie de tout cela ne fasse point de Pâques et surtout ceux qui iront à la comédie qui doit se jouer les trois derniers jours gras. Toutes les dames et demoiselles de la ville étaient hier priées, jusqu'à Mme du Vivier qui y a dansé jusqu'à ce matin. De Muy me disait après dîner qu'il ne voulait plus que sa femme et sa fille y fussent et qu'il ne convenait point de passer les nuits à danser et dormir le jour, pendant que le Saint-Sacrement est exposé. Je ne sais s'il soutiendra cela aisément. M. Bigot passe, à ce que l'on dit, les nuits de ces bals à regarder, les mains jointes devant lui. S'il danse deux ou trois menuets, c'est le tout. Il est d'une tranquillité admirable. Mme Thiery y est la brillante, et Mme Bonaventure, Mme Lavaltrie et les Ramesay. Mlle La Corne se damne, je crois, de ce que l'on a amené Dubreuil, son frère mourant, du fort Saint-Frédéric. Le médecin le croit hydropique et m'a dit qu'il ne pensait pas qu'il en revînt, ce qui met quelques bornes au plaisir de la belle Marianne; mais il n'en est pas de même de La Corne l'aîné ni du chevalier, car ils sont de toutes les fêtes et de tous les bals. La Colombière n'a pas voulu que sa femme y ait été et a même poussé la mauvaise humeur, voilée de délicatesse, pour refuser que «Robiche» y fut avec ses tantes et ses cousines. Je n'ai pas même vu Mme La Colombière de l'année, quoiqu'elle ait fait des visites partout, mais tu sais, cher fils, comment tout cela me touche. [...] Je suis uniquement occupée de ma chère petite fille qui fait toute ma satisfaction. Nous raisonnons souvent sérieusement. Quelquefois, il faut la réjouir. Elle me demande hier de la laisser aller voir, au travers les fenêtres, le bal et qu'elle ne ferait que regarder un instant. Je lui permis. Charlotte la mena et ne fut qu'un moment. Elle revint contente et me dit que tout cela était : mais qu'elle aimait encore mieux être avec moi. Adieu, cher fils, en voilà trop : mais quand je puis m'entretenir à mon aise, si je me croyais, je ne ferais autre métier. Adieu, cher fils. Question
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