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1990 (extrait) (Jean Leloup) |
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Mesdames et messieurs attention Je vais vous faire une chanson Le sujet en est ambitieux De mon image je suis soucieux En 1990, c'est l'heure des communications [...] Il y a des missiles Patriotes Dirigés par ordinateurs Sony, Fuji et Macintosh Se culbutent dans les airs le rush La guerre technologique fait rage C'est un super méga carnage Attention voilà les avions Qui tirent c'est l'heure de l'émission En 1990, c'est l'heure de la médiatisation En 1990, c'est l'ère de la conscientisation Fini les temps maudits du sport Du jogging et de la cigarette La preuve en est nos beaux soldats Américains qui sont là-bas Bronzés à la vitamine D Nourris aux fibres équilibrés Les morts qui seront faits là-bas Seront en bonne santé, je crois Les impôts du contribuable N'ont pas été payés en vain La preuve en est il est possible De ne jamais rater sa cible Si on connaît le vidéo Si on se pratique le coco Bientôt disponible bientôt Koweit-Irak en Nintendo En 1990 c'est l'ère de la socialisation En 1990 c'est la démocratisation [...] |
Beaucoup d'écrivains des années 1980 vont refuser d'assujettir la littérature à la cause nationale. Alors que les écrivains des années 1960 s'étaient donné comme mission de fonder une littérature nationale, une littérature qui serait bien à nous, une littérature qui porterait notre signature, les écrivains des années 1980 considèrent que la littérature québécoise existe, que le temps des tergiversations est terminé et qu'il faut joindre la littérature universelle. Ils préfèrent laisser aux politiciens la défense des intérêts nationaux. Fini le joual à toutes les sauces, finie la problématique québécoise! On utilise dorénavant le français international et on s'intéresse à des thèmes qui sont ceux de tous les pays modernes : la solitude urbaine, le choc des cultures, les nouvelles familles, la spiritualité, les relations de couples, l'homosexualité, la drogue, le sida...
Fait caractéristique, beaucoup de romans sont situés en dehors du Québec : les romans de Jacques Poulin, de Jacques Godbout, de Monique Larue se passent en Californie, ceux de Louis Gauthier nous transportent en Irlande ou en Angleterre... Au théâtre, on a adopté et joué plusieurs pièces étrangères, dont celles de Shakespeare. Le phénomène du best-seller est indirectement lié à cette tendance : dégagé de toute mission politico-sociale, le romancier peut laisser libre cours à son imagination et créer des romans où le plaisir prime sur la réflexion.
En poésie, le lyrisme qu'on avait peu vu depuis les années 1940 fait un retour en force. Un poète lyrique trouve son inspiration dans son monde intérieur : ses émotions, ses désirs et ses craintes, ses joies et ses peines, ses dégoûts et ses émerveillements, ses fantasmes, ses rêves... Tous les événements extérieurs sont filtrés à travers sa sensibilité, sa subjectivité. (Voir Hélène Dorion et Michel Beaulieu)
Bref, les sources d'inspiration se sont grandement élargies dans les années 1980. Ne concluons pas pour autant que les uvres créées ici n'ont plus aucun lien avec notre milieu; disons plutôt qu'il n'est plus de bon ton d'appuyer trop fortement sur la «couleur locale».
Plusieurs uvres contiennent une dimension sociale importante. Des
femmes aux prises avec des hommes qui refusent de changer (Laberge, Noël), des
homosexuels dont l'intégration sociale ne va pas sans difficultés (Dubois, Bouchard,
Chaurette), les ethnies qui essaient tant bien que mal de faire leur place dans le paysage
culturel québécois (Fréchette, Kokis, Laferrière), voilà des problèmes qui seront
abordés par les auteurs des années 1980.
Un courant, porté par les jeunes romanciers (Mistral, Proulx, Hamelin, Lise Tremblay, Monette, Trudel...), va marquer cette époque. Parce qu'il s'inspire des difficultés de la jeunesse québécoise (diplômée sans emploi, vivant d'expédient) et parce que leurs romans sont très sombres, on va appeler «romans de la désespérance» ce mouvement. «Les personnages arpentent les artères de cette ville [Montréal] comme de véritables désœuvrés, de tavernes en bars, de bistrots enfumés en appartements sales et mal famés, dont ils sont familiers, à la recherche de leur propre visage.» (Aurélien BOIVIN, «Les romans de la désespérance» dans Québec français, printemps 1993, no 39, p. 97)
Christian Mistral, dans son roman Vamp, définit ainsi cette «génération perdue» : «Les vamps brûlaient secrètement d'appartenir à leur temps, de l'enrichir et le marquer [...] Jaillis du dernier soubresaut du baby boom, ils voulaient de la place, ils voulaient du travail et du respect, le bout de l'ombre d'une chance. C'était les vamps qui coifferaient ce millénaire et entameraient le suivant dans la force de l'âge.»
Une dénatalité très marquée chez les «Québécois pure-laine», comblée par une immigration de plus en plus importante, est venue enrichir le paysage culturel québécois. À partir des années 1980, probablement en raison de la loi 101, plusieurs des «nouveaux arrivants» (on les appelle les «auteurs migrants») écrivent en français et peuvent ainsi apporter une nouvelle dimension à la culture francophone. Comment vit un Québécois d'origine italienne ou portugaise? Qu'est-ce qu'un Québécois-Haïtien de Montréal pense des problèmes que traverse son ancien pays? Pour les nouveaux arrivants, le Québec est une terre d'accueil ou une terre d'exil? Dans quelle mesure se sentent-ils concernés par la problématique canadienne? On pense ici à Dany Laferrière, Sergio Kokis, Ying Chen, Marco Micone, Abla Farhoud, Wajdi Mouawad...
Enfin, il ne faudrait pas oublier les Premières nations qui, depuis les années 70, commencent à faire sentir aussi leur présence (voir la page qui leur est consacrée).
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Dans la foulée des années 1960 et 1970, certains écrivains (l'avant-garde) continuent d'explorer les nouveaux territoires de la création, même si «faire neuf» n'est plus un canon esthétique auquel il est impérieux de se soumettre. Il n'y a pas à proprement parler une esthétique postmoderne. L'auteur postmoderne recycle ce qui existe déjà : il remet au goût du jour d'anciennes modes, mélange les styles, les cultures, les registres...
Métissage et recyclage
L'idée la plus neuve du postmodernisme, c'est celle du métissage :
métissage des époques (la nouveauté et la tradition), des cultures, des genres, des
registres (populaire et recherché)... À l'heure de la mondialisation, les cultures
s'interpénètrent, les modes cohabitent et il est de bon ton de rendre compte de ces
différents mouvements migratoires. Ceci est particulièrement apparent dans la culture
populaire. Par exemple, dans la «Musique du monde», on marie le rock et le folklore
africain, québécois ou irlandais, les guitares électriques accompagnent de vénérables
instruments. Et que dire du recyclage que les «DJ» font des disques «vinyle» et
de la musique des années antérieures?
Citons quelques auteurs particulièrement inventifs, représentatifs du postmodernisme littéraire. Robert Lepage construit ses uvres en puisant chez Vinci, Cocteau, Miles Davis, Hitchcock et utilise à profusion le multimédia... Dans Cabaret Neiges Noires, un collectif orchestré par Dominic Champagne, on rencontre Les joyeux Troubadours, Martin Luther King, Maria Casares, les numéros de cabarets succèdent au théâtre… Yolande Villemaire, dans La Vie en prose, mélange fiction et vie personnelle. Son livre tient à la fois du documentaire, de l'autobiographie, de l'essai et du récit. Et cette uvre est assez déroutante pour un lecteur non initié : plusieurs narratrices prennent tour à tour la parole, on assiste à de longues conversations qui nous semblent pur bavardage... Le texte se présente comme une suite d'instantanés, comme un collage.
Disons un mot du théâtre d'avant-garde (le Théâtre Repère de Robert Lepage, le groupe Carbone 14) dans lequel le texte n'est plus au centre de la création. On fabrique plutôt un spectacle visuel :
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«Certains étudient la voix, le jeu corporel, d'autres l'espace scénique, le langage scénographique et y intègrent des éléments visuels modernes comme la vidéo, la télévision, l'holographie. [...] Ainsi le jeu des comédiens se traduit parfois par des mouvements de danse et les dialogues deviennent de véritables chorégraphies. De plus, les éléments scéniques comme le décor, les objets, les costumes se voient animés, ils prennent la forme des personnages, ils en sont l'extension, la représentation, l'imaginaire comme si le décor était imaginé par les personnages plutôt qu'il ne leur servait de repères spatiaux ou temporels. L'éclairage et la musique, le recours à des écrans pour des projections vidéo, voire à l'holographie, transforment la scène en une multitude de scènes, fragmentent la représentation théâtrale en un ensemble visuel et sonore où les sens et les sensations du spectateur sont directement sollicités. Le théâtre devient spectacle tout en conservant un sens minimal du récit, d'une représentation élaborée à partir d'une mise en scène d'un récit. La recherche des formes d'expression nouvelles et la mise en question de toutes les composantes de l'acte théâtral caractérisent donc cette période.» (Micheline CAMBRON, La Littérature québécoise depuis 1960, p. 283-284)
La contestation de la culture
Autre idée importante pour les postmodernes, l'art doit
appartenir à tout le monde. Fini le temps où il était l'apanage d'une élite,
seule capable de fixer les canons du «bon goût». Plusieurs vont jusqu'à
remettre en question la distinction qu'on établit entre la «grande culture»
et la culture populaire : ainsi une B.D. serait l'égale d'un roman de
Balzac, les Beatles pourraient se comparer à Mozart, les publicitaires
pourraient réclamer le titre d'artiste, les vieilles bagnoles et Astérix
côtoient les grands peintres dans les musées...
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L'écrivain postmoderne ne se prend pas au sérieux, refuse de jouer le rôle de l'écrivain porteur d'une inspiration créatrice. Il n'hésite pas à se mettre en scène, à se moquer de lui-même, de son œuvre ou de ses personnages, à désamorcer ses effets de style, à neutraliser l'émotion qui pourrait naître, bref à tout moment il invite le lecteur à ne pas se laisser prendre au jeu de la fiction (voir l'extrait de Mistral).
Le caractère ouvert de uvre d'art
Enfin, on peut observer le caractère ouvert de uvre d'art. Comme
on l'a vu, il est de bon ton de mélanger les styles, d'introduire des éléments de
culture populaire dans des constructions savantes, de présenter une image éclatée de la
société (plutôt qu'une image linéaire déterminée par un point de vue unique), de
parodier l'image de l'écrivain, de raconter au coin de l'humour, toutes des
caractéristiques qui ont pour effet d'offrir aux lecteurs plusieurs points d'ancrage, de
lui permettre de choisir une lecture personnalisée de l'uvre d'art.
ROMANS |
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| 1981 | Yves Beauchemin | Le Matou |
| 1981 | Louis Caron | Les Fils de la liberté |
| 1982 | Anne Hébert | Les Fous de Bassan |
| 1983 | Francine Noël | Maryse |
| 1984 | Jacques Poulin | Volkswagen Blues |
| 1985 | Dany Laferrière | Comment faire l'amour avec un Nègre sans se fatiguer |
| 1986 | Sylvain Trudel | Le Souffle de l'Harmattan |
| 1986 | Jacques Savoie | Les Portes tournantes |
| 1987 | Arlette Cousture | Les Filles de Caleb |
| 1988 | Robert Lalonde | Le Fou du père |
| 1989 | Louis Hamelin | La Rage |
| 1989 | Élise Turcotte | Le Bruit des choses vivantes |
| 1990 | Christian Mistral | Vautour |
| 1992 | Monique Proulx | Homme invisible à la fenêtre |
| 1992 | Pauline Harvey | Un Homme est une valse |
| 1994 | Réjean Ducharme | Va savoir |
| 1995 | Ying Chen | L'Ingratitude |
| 1998 | Gaétan Soucy | La Petite Fille qui aimait trop les allumettes |
PIÈCES DE THÉÂTRE |
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| 1980 | Jean-Pierre Ronfard | Vie et Mort du roi boiteux |
| 1981 | Normand Chaurette | Provincetown Playhouse, juillet 1919, j'avais 19 ans |
| 1981 | Marie Laberge | C'était avant la guerre à l'Anse-à-Gilles |
| 1983 | Jean-Claude Germain | Les Nuits de l'Indiva |
| 1985 | Michel-Marc Bouchard | Les Feluettes |
| 1985 | Maryse Pelletier | Duo pour voix obstinées |
| 1986 | René-Daniel Dubois | Being at home with Claude |
| 1986 | Robert Lepage | Vinci |
| 1987 | Robert Lepage | La Trilogie des dragons |
| 1990 | Robert Lepage | Les Aiguilles et l'Opium |
| 1994 | Collectif | Cabaret neiges noires |
| 1998 | Wajdi Mouawad | Littoral |
RECUEILS DE POÉSIE |
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| 1982 | Lucien Francoeur | Les Rockeurs sanctifiés |
| 1982 | Marie Uguay | Autoportrait |
| 1983 | Claude Beausoleil | Une certaine fin de siècle |
| 1985 | Yolande Villemaire | Quartz et Mica |
| 1985 | Michel Beaulieu | Kaléidoscope |
| 1985 | François Charron | La Vie n'a pas de sens |
| 1987 | Élise Turcotte | La Voix de Carla |
| 1987 | Fernand Ouellette | Les Heures |
| 1988 | Claude Beausoleil | Grand Hôtel des étrangers |
| 1989 | Hélène Monette | Lettres insolites |
| 1989 | Élise Turcotte | La Terre est ici |
| 1990 | Jacques Brault | Il n'y a plus de chemin |
| 1990 | Hélène Dorion | Un visage appuyé contre le monde |
| 1995 | Hélène Dorion | Sans bord, sans bout du monde |
| 1997 | François Charron | La Beauté des visages ne pèse pas sur la terre |
À partir des années 80, notre cinéma délaisse quelque peu la «problématique
québécoise» et aborde des thèmes plus universels. Par ailleurs, les cinéastes s'intéressent aux classiques de notre
littérature : Les Plouffe, Maria Chapdelaine, Bonheur d'occasion,
Les Fous de Bassan, Le Matou sont portés à l'écran avec plus ou moins de
réussite. Enfin, disons que le cinéma, créé par des femmes (Anne-Claire Poirier, Léa
Pool, Paule Baillargeon, Micheline Lanctot), a le vent dans les voiles.
Les films de Denys Arcand, de Jean-Claude Lauzon et de Robert Lepage ont connu du succès sur la scène internationale. Voici une liste des principaux films :
1979 Mourir à tue-tête (Anne-Claire Poirier)
1980 Les Bons Débarras (Francis Mankiewicz)
1982 Les Fleurs sauvages (Jean-Pierre Lefebvre)
1984 Mario (Jean Beaudin)
1984 La Femme de l'hôtel (Léa Pool)
1986 Le Déclin de l'empire américain (Denys Arcand)
1987 Un Zoo la nuit (Jean-Claude Lauzon)
1989 Jésus de Montréal (Denys Arcand)
1990 Une Histoire inventée (André Forcier)
1992 Léolo (Jean-Claude Lauzon)
1993 Le Sexe des étoiles (Paule Baillargeon)
1994 Eldorado (Charles Binamé)
1995 Le Confessionnal (Robert Lepage)
2003 Les Invasions barbares (Denys Arcand)
2003 Gaz bar blues (Louis Bélanger)
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