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La Conquête va leur permettre d'acquérir cette conscience. Comme on veut les assimiler, comme on met en doute la valeur de leur culture (Lord Durham, après bien d'autres, prétend que ce serait leur rendre service que de les assimiler), ils vont devoir justifier leur existence, faire la preuve qu'ils méritent de survivre.
La petite bourgeoisie francophone (des notaires, des avocats, des médecins, des petits marchands issus du peuple), apparue à la fin du XVllle siècle, se chargera de cette mission. Elle va s'opposer aux marchands anglais, mais aussi au clergé et aux aristocrates canadiens-français qui s'étaient acoquinés avec les conquérants.
Ce qui aurait pu être une lutte de classes, entre la petite bourgeoisie canadienne et la grande bourgeoisie commerciale anglaise, va devenir un affrontement entre deux nationalités qui ne partagent pas les mêmes intérêts : les Anglais privilégient le commerce et les Canadiens, l'agriculture. La lutte s'engage. Les Canadiens vont se servir du parlement pour contrecarrer les projets des Anglais, qui veulent développer le commerce avec le Haut-Canada. Comme les francophones n'en retirent aucun bénéfice, ils vont leur opposer des politiques agriculturistes. Les Anglais, devant l'impasse, favorisent une politique d'assimilation, ce qui va provoquer sans cesse des accrochages.
À partir de 1830, les Canadiens se trouvent pour ainsi dire acculés au pied du mur. Toutes leurs tentatives d'obtenir une vraie démocratie (électivité de l'exécutif, responsabilité ministérielle) ont échoué et l'idée de séparation effleure certains esprits. Toutes les élections qui ont lieu après 1830 résultent en victoire éclatante pour le parti patriote. Peut-on dire pour autant que ce mouvement conduit au rejet du lien colonial? Rien n'est moins sûr. Ainsi, dans les 92 résolutions présentées à Londres, à l'origine de la Rébellion, Papineau souhaite «des remèdes qui feront de tous les colons un peuple de frères en leur donnant des motifs de se lier ensemble. Les distinctions, les privilèges, les haines et les antipathies nationales, tout cela sera détruit.» (Cité dans DUMONT, p. 184) Comme on le voit, les patriotes défendent des principes à la fois démocratiques et nationalistes : obtenir les pleins pouvoirs politiques, c'est se donner le plein contrôle de sa situation. Cette ambiguïté est sans doute aussi présente dans l'esprit des insurgés quand éclate la Rébellion. Les enjeux deviendront plus clairs lorsque Robert Nelson proclamera l'indépendance en 1838 (voir aussi la lettre de De Lorimier).
Après l'échec de la Rébellion, pour beaucoup de Canadiens français, tout semble perdu. La petite bourgeoise francophone se trouve décapitée. Pour longtemps, on ne parlera plus d'affranchissement, de libération. Politiquement parlant, la majorité de la société canadienne-française se range derrière Louis-Hippolyte Lafontaine et tente de reconquérir ses droits perdus, sans remettre en cause l'Acte d'union de 1840. Contrairement à ce que souhaitait Durham, la lutte ne se fera pas en fonction de la nationalité : les Canadiens français vont s'allier aux réformistes du Haut-Canada et reconquérir les droits perdus (entre autres le français va redevenir une langue officielle).
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Pourtant, là n'est pas l'essentiel. C'est le clergé qui prendra en main les destinées de la nation. Lui qui avait condamné la Rébellion, il commencera par discréditer ce qu'il reste de «révolutionnaires» à grands coups de sermons et d'excommunications. L'afflux massif de nouvelles communautés religieuses va lui permettre d'asseoir solidement sa domination sur le peuple canadien-français jusqu'aux années 1950. Pour légitimer sa présence aux guides de la nation, le clergé va redéfinir le nationalisme canadien-français. Celui-ci sera essentiellement culturel, a-politique : il s'agit avant tout de conserver les acquis du passé, de survivre. Préserver sinon répandre la religion catholique, cultiver le sol et ainsi sauvegarder la langue et la culture française deviendront la raison d'être des Canadiens français.
Liens sur internet :
Cornelius Krieghoff (1815 -
1872)
Musiques du Québec à
l'époque de Julie Papineau
Les institutions de la France durant la période de colonisation du Canada étaient, peut-être, plus que celles d'aucune autre nation européenne propres à réprimer l'intelligence et la liberté de la grande masse du peuple.
Ces institutions suivirent le colon canadien au-delà de l'Atlantique. Le même despotisme central, mal organisé, stationnaire et répressif l'opprima. Non seulement on ne lui accorda aucune voix dans le Gouvernement de sa province ou dans le choix de ses gouvernants, mais il ne lui était même pas permis de s'associer à ses voisins pour la régie de ces affaires municipales que l'autorité centrale négligeait sous prétexte de les diriger.
Il obtenait ses terres d'après une tenure remarquablement calculée pour augmenter son bien-être immédiat et pour entraver son désir d'améliorer sa condition; il fut placé à la fois dans une vie de travail constant et uniforme, d'un grand confort matériel, et de dépendance féodale. L'autorité ecclésiastique à laquelle il avait été habitué établit ses institutions chez lui; et le prêtre continua à exercer sur lui son ancienne influence.
Aucune disposition générale ne fut prise en faveur de l'instruction; et comme la nécessité n'en était pas appréciée, le colon ne fit aucun effort pour réparer la négligence de son Gouvernement. [...]
Ils s'attachèrent aux anciens préjugés, aux anciennes coutumes et aux anciennes lois, non pas à cause d'un fort sentiment de leurs effets avantageux mais avec la ténacité irraisonnée d'un peuple ignare et stationnaire. [...]
Loin de moi le désir d'encourager aveuglement ces prétentions à la supériorité chez aucune race en particulier; mais tant que la plus grande partie de chaque région du continent américain sera encore indéfrichée et inoccupée et tant que les Anglais montreront une activité si constante et si marquée pour la colonisation, il sera vain de s'imaginer qu'il existe une partie quelconque de ce continent où cette race ne pénétrera pas et où, quand elle y aura pénétré, elle ne prédominera pas.
Ce n'est qu'une question de temps et de mode; il ne s'agit que de décider si le petit nombre de Français qui habitent présentement le Bas-Canada seront anglicisés sous un Gouvernement qui peut les protéger; ou si l'opération sera retardée jusqu'à ce qu'un plus grand nombre ait à subir, sous la violence de ses rivaux sans frein, l'extinction d'une nationalité renforcée et aigrie par une existence prolongée.
Et cette nationalité canadienne-française, en est-elle une que, pour le simple avantage de ce peuple, nous devrions chercher à perpétuer, même si c'était possible?
Je ne connais pas de distinction nationale marquant et continuant une infériorité plus désespérée. La langue, les lois et le caractère du continent nord-américain sont anglais; et toute autre race que la race anglaise (j'applique ce mot à tous ceux qui parlent la langue anglaise) y apparaît dans un état d'infériorité.
C'est pour les tirer de cette infériorité que je désire donner aux Canadiens notre caractère anglais. [...]
On ne peut guère concevoir de nationalité plus dépourvue de tout ce qui peut vivifier et élever un peuple que celle que présentent les descendants des Français dans le Bas-Canada, du fait qu'ils ont conservé leur langue et leurs coutumes particulières.
Ils sont un peuple sans histoire et sans littérature.
La littérature d'Angleterre est écrite dans une langue qui n'est pas la leur; et la seule littérature que leur langue rend familière est celle d'une nation dont ils ont été séparés par quatre-vingts ans de domination étrangère et encore plus par ces changements que la Révolution française et ses conséquences ont opérés dans tout l'état politique, moral et social de la France. [...]
Je crois qu'on ne peut rétablir la tranquillité qu'en assujettissant la Province à la domination vigoureuse d'une majorité anglaise; et que le seul gouvernement efficace serait celui qui serait formé par une union législative.
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