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L'ALOUETTE EN
COLÈRE
J'ai un fils enragé J'ai un fils dépouillé |
Au début des années soixante, le «Canadien français» devient le «Québécois». Simple différence de vocabulaire? Certes, non! Un Canadien français, c'est la partie d'un tout, un être qui se définit en regard des autres. Un Québécois existe et s'affirme en dehors de toute référence extérieure. La langue et la culture sont au Québécois ce qu'était la religion au Canadien français. Le terme deviendra ni plus ni moins un cri de ralliement. «Québécois, nous sommes Québécois» chante La Nouvelle Révolution, groupe populaire de l'époque. Finis les réflexes de colonisés, finis la honte et le mépris de soi si bien décrits par Gaston Miron dans L'Homme rapaillé.
Ce sentiment d'affirmation ne s'exprimera pas seulement dans le langage. Comme on l'a déjà vu, les Québécois commencent par reprendre en main leur économie. Rapidement, ils découvrent qu'il est nécessaire de rapatrier certains pouvoirs, donc de revoir la fédération canadienne. Grosso modo, sur le plan politique, le mouvement nationaliste va suivre trois voies : certains exigent un statut particulier, c'est-à-dire un nouveau partage des pouvoirs qui ne remet pas en cause l'appartenance à la fédération canadienne (le parti libéral et l'union nationale); d'autres exigent l'indépendance assortie d'une révolution sociale de type socialiste (RIN); pour sa part, le Parti québécois, en tant que parti indépendant et social-démocrate, fait le pont entre ces deux tendances. La fondation du PQ en 1968 et sa victoire électorale de 1976 constituent des moments forts du mouvement nationaliste.
Quant au FLQ, il est davantage un mouvement révolutionnaire que nationaliste. Il faut chasser les capitalistes et donner le pouvoir au peuple. L'indépendance est davantage un moyen. Pour le FLQ, le Parti québécois est un parti bourgeois beaucoup trop timoré dans son action et dans sa philosophie sociale. Les membres du FLQ croient qu'il est nécessaire d'accélérer le processus de libération du peuple québécois par la lutte armée. C'est dans ce contexte que s'inscrivent les événements d'Octobre 1970. (Voir «Octobre 1970 : le Québec en crise» dans Les Archives de Radio-Canada)
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L'éducation
«On est amené au cur du problème qui est un problème de civilisation. Nos élèves parlent joual parce qu'ils pensent joual, et ils pensent joual parce qu'ils vivent joual. Vivre joual c'est rock'n'roll et hot dog, party et balade en auto, etc. C'est toute notre civilisation qui est jouale.» (Jean-Paul DESBIENS, Les Insolences du frère Untel)
«Qui s'instruit s'enrichit», clament les élites de l'époque. Pour moderniser la société québécoise, on commence par «dépoussiérer» le système d'éducation. On crée une commission d'enquête, la Commission Parent, laquelle produira un rapport. Sa première recommandation : créer le ministère de l'Éducation (1964). En l'espace de cinq ans (l'argent consenti est énorme), le système scolaire est chambardé du tout au tout. On crée les écoles régionales (les polyvalentes), les cégeps (qui introduisent la formation technique), l'Université du Québec. La gratuité scolaire est garantie jusqu'au cégep (avant 1960, elle s'arrêtait à la neuvième année). Entre 1960 et 1970, les effectifs au secondaire augmentent de 100%, au collégial de 82% et à l'université de 169%.
Avant 1960, seuls les élèves du système scolaire privé, qui
avaient suivi un «cours classique» dans un «séminaire» ou chez les sœurs,
pouvaient accéder à l'université. Étaient acceptés dans ces écoles, ceux et
celles dont les parents avaient des sous et ceux qu'on destinait à la prêtrise.
Pour ce qui est des filles, l'accès à l'université était encore plus restreint :
seuls deux collèges (contre 34 pour les garçons) leur dispensaient
l'enseignement classique. La plupart se retrouvaient dans les cent dix-neuf
écoles ménagères ou les vingt écoles normales (enseignement primaire) qui
leur étaient destinées.
«La Révolution tranquille, c'est beaucoup plus une libération des esprits, la naissance d'attitudes critiques envers les choses et les hommes que des actes proprement révolutionnaires. C'est aussi et surtout une revalorisation de soi, la réappropriation d'un esprit d'indépendance et de recherche, qui avait gelé au cours du long hiver qui a duré plus d'un siècle.» (Marcel RIOUX, La Question du Québec, Montréal, Parti pris, 1976, p. 105.)
La laïcisation de la société
LE BLUES DE LA MÉTROPOLE
En soixante-sept tout était beau |
Le clergé, qui avait joué un rôle de premier plan au Québec depuis la Rébellion ratée de 1837, voit en l'espace de quelques années crouler l'empire qu'il avait édifié. Comme on l'a vu, les premières fissures apparaissent dans les années 1950. Mais la chute sera vertigineuse dans les années soixante. D'abord, l'État décide de reprendre le contrôle des écoles et du système social. Ensuite, la pratique religieuse chute de façon dramatique, si bien que certaines églises doivent fermer leurs portes. Enfin, plusieurs religieux, emportés par le vent de changement qui balaie le Québec, décident de «défroquer», c'est-à-dire de revenir à la vie civile. Et les tentatives de conserver les fidèles n'ont pas tellement de succès : l'usage du français, la transformation de certains rites religieux et les «messes à gogo» les irritent plus qu'ils ne les retiennent.
La génération lyrique
On appelle «baby boomers» ou encore la «la génération lyrique» ce groupe de jeunes, nés entre 1940 et 1960. «Le lyrisme y prend la forme dune vaste innocence caractérisée par un amour éperdu de soi-même, une confiance catégorique en ses propres désirs et ses propres actions, et le sentiment dun pouvoir illimité sur le monde et sur les conditions de lexistence.» (François Ricard, La Génération lyrique, p. 8) À cause de leur nombre, ils marqueront fortement de leur empreinte les années 60. Dans un contexte dabondance, il est plus facile de rêver et les baby boomers ne sen priveront pas. Si leurs parents avaient été plutôt silencieux, eux inventeront «l'âge de la parole» : assemblées, manifestations, boites à chanson, nuits de poésie, toutes les scènes où l'on peut s'exprimer seront recherchées. Solidaires, désireux de réinventer le monde, engagés sur le plan politique, ils seront le nerf de tous les débats de société qui secoueront le Québec : révoltes étudiantes, mouvements gauchistes, indépendance du Québec. Perméables aux modes venues des États-Unis et d'Europe (le rock, le mouvement hippie, Mai 68...), portés par un enthousiasme qui déborde parfois, ils inventeront le Québec moderne, un Québec très actif au point de vue culturel, un Québec en plein rattrapage au point de vue économique, un Québec qui retrouve une fierté perdue.
Le féminisme
Commencée au milieu des années 1960, la lutte des femmes va s'intensifier dans les années 1970. Leurs revendications portent à la fois sur la vie privée et sur la vie publique. Pour supporter leurs revendications, les femmes se donnent des revues (Québécoises deboutte!,1971; Les Têtes de pioche, 1976) et des maisons d'éditions (les éditions de la Pleine lune, 1975; les éditions du Remue-Ménage, 1976) qui vont publier leurs écrits. Les féministes dénoncent l'inégal partage des pouvoirs entre les hommes et les femmes, le cloisonnement des rôles parentaux (la femme à la maison et l'homme au travail) et revendiquent l'égalité des chances sur le marché du travail (Au début des années 1960, une «maîtresse d'école» était payée quatre fois moins qu'un «professeur» masculin!...) Comme auteures et artistes, elles affirment le pouvoir de création des femmes et explorent la spécificité de l'écriture féminine. Comme le courant féministe se développe en même temps que celui de la modernité, les femmes vont essayer de conjuguer ces deux courants. Le mouvement littéraire féministe trouve une très forte expression dans la création collective orchestrée par Luce Guilbault : La Nef des sorcières en 1976. Il faut citer aussi les textes de Madeleine Gagnon (Pour les femmes et toutes les autres, 1974), Louky Bersianik (L'Euguélionne, 1976), Denise Boucher (Les Fées ont soif, 1977), France Théoret (Nécessairement putain,1980) et, de leur chef de file, Nicole Brossard (L'Amer, 1977). On pourrait aussi mentionner Femmes de paroles (1977), un très beau disque de Pauline Julien.
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La contre-culture
Ce mouvement apparaît aux alentours des années 1970. La contre-culture est issue des mouvements beatnik (Allen Ginsberg, Jack Kerouac) et hippie (Timothy Leary). Ce mouvement n'a pas un but et une démarche bien définis. Il englobe beaucoup de phénomènes marginaux qui ont défilé au cours des années 70 : psychédélisme, philosophies orientales, recherches spirituelles, occultisme, végétarisme, méditation transcendantale... Bref, font partie de la contre-culture toutes littératures, philosophies, façons de vivre qui puisent dans la marginalité (l'underground) et qui s'inscrivent en faux contre les normes sociales, culturelles, morales et esthétiques acceptées. C'est une manifestation de révolte contre l'art, la littérature et la société en général.
En art et en littérature, la contre-culture se manifeste d'abord par une remise en question de l'idée du «bon goût», mais aussi par une volonté de provocation et un esprit iconoclaste. «Ce qui fait irruption alors dans la poésie, c'est l'Amérique, le jazz, la sexualité, la vie quotidienne, les voyages, la beat generation.» (Philippe HAECK, Poéthique et modernité, Montréal, VLB, 1984, p. 80) Au Québec, l'influence de la contre-culture apparaît clairement chez Denis Vanier (Lesbiennes d'Acid, 1972) et Josée Yvon (Filles-commandos bandés, 1976). Elle est aussi présente, de façon moins marquée, chez plusieurs écrivains de l'époque et chez des chanteurs comme Robert Charlebois et Plume Latraverse.
L'écologie
Depuis les années 50, le Québec était entré de plain-pied dans la société de consommation. Dans les années 60, tout augmente, l'inflation galope d'un sommet à l'autre, les salaires doublent en l'espace de dix ans et la consommation suit la même ascension. Ainsi naît la «société du prêt-à-jeter», comme l'appelle Alvin Toffler dans son célèbre essai, Le Choc du futur (1970).
Le débat écologique commence autour de 1970, mais atteint vraiment le grand public en 1976, lors de la «crise du pétrole». Le prix de l'essence double et on doit prendre certaines mesures pour l'épargner, entre autres réduire la vitesse sur les routes. Tout d'un coup, le Québécois prend conscience que les matières premières ne sont pas inépuisables.
Quels sont les domaines où les écologistes vont intervenir? Quels sont les buts qu'ils poursuivent? On va dénoncer le gaspillage, l'usage des pesticides, le développement du nucléaire, l'étalement urbain et promouvoir des mesures comme le recyclage, l'utilisation des énergies renouvelables (l'hydro-électricité) et le transport en commun (pour épargner l'énergie et limiter la pollution). Sur un plan plus personnel, on met de l'avant de nouvelles façons de vivre au quotidien : le végétarisme, les coopératives d'aliments naturels...
Certains iront jusqu'au bout de leur engagement : ils quittent la ville, un emploi bien rémunéré pour s'installer en campagne sur des terres abandonnées, dans des bâtiments de fortune qu'ils «retapent» afin de vivre en harmonie avec l'environnement. Ils refusent le luxe de la société de consommation (par exemple la télévision), retournent à des modes de vie plus anciens (par exemple le chauffage au bois), pratiquent une agriculture marginale (comme l'élevage des chèvres), fabriquent leurs propres vêtements. Parfois, ils se regroupent en communes. Un film de Gilles Carle, La Vraie Nature de Bernadette, rend assez bien l'esprit de l'époque. Les Séguin, en chanson, et des auteurs comme Jacques Godbout ou Jean Barbeau, en littérature, ont abordé ce thème.
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