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L'IDÉOLOGIE DE CONSERVATION

Lors de la Conquête (1760), les Anglais s'emparent des pouvoirs économique et politique. Parce qu'ils ne font pas le poids au point de vue démographique et qu'ils se sentent menacés au sud par les Américains, ils doivent pratiquer une politique de conciliation à l'égard des Canadiens français. Dès 1774, ils leur permettent de conserver leur langue, leur religion et le système judiciaire français.

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Automne (1918) de Horatio Walker (1858-1938), peintre d'origine ontarienne qui vécut sur l'Île d'Orléans (Musée des beaux-Arts du Canada)

À l'intérieur de ce nouveau cadre politique, une élite canadienne-française se forme. Jusqu'au XlXe siècle, elle défend ses intérêts et ceux du peuple sans contester le système britannique (qui n'était pas pire que le système colonial français aux dires de certains). On finit même par obtenir un système parlementaire. Cependant, les postes de commande sont occupés par des Anglais nommés par Londres, ce qui irrite les Canadiens français. Comme les demandes des francophones sont sans cesse repoussées, la tension monte et certains patriotes finissent par prendre les armes, ce qui aboutira à la Rébellion ratée de 1837. Pour les Canadiens français, le principal enjeu de la Rébellion, c'est un principe démocratique : la majorité doit dominer. Par ailleurs, c'est aussi un mouvement d'affirmation nationale : on va réclamer l'indépendance. Si la défaite de 1760 était militaire, celle de 1837 est avant tout morale et intellectuelle. Les éléments les plus libéraux de la société sont vaincus.

Après cette défaite, des gens plus conservateurs, dont le clergé, vont diriger le peuple : ce sont eux qui développeront l'idéologie de la conservation.

Les Canadiens français se réfugient dans les campagnes et développent un mode de vie, axé sur la religion, l'agriculture et l'exaltation du passé, mode de vie qui leur permettra d'éviter l'assimilation promise par Lord Durham. Cette idéologie subsistera avec plus ou moins de vigueur jusqu'à la Révolution tranquille (1960) : on l'attaquera plutôt timidement dans les années 30 et 40 et, avec férocité, dans les années 50, alors qu'elle est incarnée par le gouvernement de Maurice Duplessis.

Pour mieux comprendre ce qu'on entend par idéologie de conservation, on expliquera ses trois composantes : le messianisme, l'agriculturisme et l'exaltation du passé.

Le messianisme

Pendant le Régime français, seuls les catholiques sont admis en Nouvelle-France. À une époque où les peuples se partagent selon la religion, ici on assiste à une homogénéité. À défaut d'être vécue pleinement, la religion devient le dénominateur commun, un trait culturel que nul ne remet en question. Lors de la Conquête (1760), le clergé collabore avec les conquérants (l'évêque est nommé par le gouverneur anglais) afin d'assurer la survie de la religion catholique; lors de la Rébellion de 1837, il se range encore du côté des conquérants, cette fois par crainte de l'élite canadienne-française qui voulait créer une société laïque, donc le supplanter.

Après la Rébellion, le clergé augmente ses effectifs : beaucoup de communautés religieuses s'installent au Canada (14 entre 1841 et 1866). Certaines viennent ici à cause des difficultés qu'elles rencontrent en France : c'étaient des ultramontains qui accordaient primauté à l'Église sur l'autorité civile. Le clergé élimine rapidement les libéraux qui osent contester son pouvoir sur le peuple canadien-français. Comme l'Église prône l'obéissance à l'autorité, quelle qu'elle soit, les conquérants lui laissent le champ libre. Du milieu du XlXe siècle jusqu'aux années 1960, l'Église accompagnera tous les débats qui animent la société québécoise. En fait, elle en sera souvent l'acteur principal.

Elle sera aussi très présente dans le quotidien du peuple : c'est vers elle que se tournent les démunis pour quérir un peu de réconfort et d'aide matérielle :

Plus près du peuple par la paroisse, par les communications informelles dont elle dispose, par sa faculté de rallier les dévouements les plus divers, par l'appel à la charité qui a toujours fait partie de sa doctrine, l'Église répond à sa manière aux misères du temps. En conséquence, elle en acquiert une présence dans la vie des communautés populaires qu'aucune autre institution n'est capable d'égaler. (DUMONT, p. 232)


Village du Lac Saint-Jean : l'église domine ce début de village

La religion impose une façon de vivre. Elle met l'accent sur les cérémonies de toutes sortes (la criée des âmes, la vente des bancs d'église, la bénédiction du jour de l'An, la bénédiction du lit nuptial...), elle est associée à toutes les grandes fêtes (la Saint-Jean, la fête des moissons...). C'est elle qui rythme la vie de l'habitant, le passage des saisons; c'est elle qui souligne les événements capitaux de la vie : naissance, mariage, décès, etc. Elle est présente dans les écoles, dans les hôpitaux, dans les loisirs (les O. T. J., les fermières). Le curé, l'âme de la paroisse, s'occupe autant de la vie temporelle que de la vie spirituelle de ses ouailles. Rien n'échappe à son emprise : la vie civile (seul endroit pour déclarer une naissance, pour se marier), la vie sociale (les organismes paroissiaux, les syndicats sont dirigés par le clergé), la vie privée (on défend la danse, la boisson, on censure les livres, les films; les femmes sont tenues de faire des enfants).

Plus souvent qu'autrement, le clergé prêche l'obéissance, sinon la résignation. L'argument utilisé :

Si les Québécois ne sont pas libres, ni riches, c'est que la liberté est surtout d'ordre spirituel et que la vraie richesse est, plus que matérielle, surtout morale et religieuse. La récompense des justes n'est pas de ce monde; c'est après la mort que les récompenses seront distribuées. (RIOUX, p. 42)

Pour le clergé, au peuple québécois est réservée une mission providentielle : il doit porter l'étendard de la chrétienté partout en Amérique. Il est en quelque sorte un peuple élu, un peuple missionnaire. Il devait «opposer au positivisme anglo-américain, à ses instincts matérialistes, à son égoïsme grossier, les tendances élevées, qui sont l'apanage des races latines, une supériorité incontestable dans l'ordre moral et dans le domaine de la pensée». (l'abbé Casgrain) La même thèse est reprise par Mgr Louis-Adolphe Paquet, en 1902, dans un sermon resté célèbre :

[...] il y a des peuples voués à la glèbe, il y a des peuples industriels, des peuples marchands, des peuples conquérants, il y a des peuples versés dans les arts et les sciences, il y a aussi les peuples apôtres. [...] Ce sacerdoce social, réservé aux peuples d'élites, nous avons le privilège d'en être investis [...]. Notre mission est moins de manier des capitaux que de remuer des idées; elle consiste moins à allumer le feu des usines qu'à entretenir et à faire rayonner au loin le foyer lumineux de la religion et de la pensée. (cité dans DIONNE, p. 502)

En dernière analyse, la religion est perçue comme la marque distinctive de la nationalité canadienne-française. «Notre religion, c'est notre première distinction nationale, en même temps qu'elle est la base de nos institutions. C'est parce que nous sommes catholiques que nous sommes une nation en ce coin d'Amérique.» (Mgr Ignace Bourget, cité dans DUMONT, p. 227)

L'agriculturisme

Au début de la colonie, on voulut, sans grands succès, faire de l'agriculture une priorité. Pour fonder un pays, ne faut-il faut pas revendiquer le territoire, l'occuper? Pour assurer le peuplement, ne faut-il pas des pionniers qui s'établissent sur des terres, qui nourrissent les autres habitants? Mais les premiers Français étaient peu attirés par cette mission. Ce n'étaient pas des paysans, mais plutôt des artisans, des soldats et des aventuriers. En plus, la culture du sol était difficile à cause du climat. Enfin, les compagnies, chargées de développer la colonie, étaient plus intéressées par le commerce des fourrures et n'encourageaient que l'agriculture de survivance.

Certains fermiers se joignaient, le temps d'une saison, aux «coureurs de bois». Ceux-ci étaient mal vus, car ils ne remplissaient pas leur «devoir national».

N'éprouvant pas d'intérêt pour les travaux agricoles, peu préoccupé des autorités qui règnent dans les villes, il s'enfonce dans la forêt en quête d'un commerce qu'il mène à sa guise; il y adopte plus ou moins les mœurs des Indiens, apprend les langues indigènes, obéit à ses propres normes. Souvent contrebandier mal vu par les administrateurs et les prêtres, il abandonne sa marchandise et ses services au plus offrant, fût-il de New York plutôt que de Montréal ou Québec. (DUMONT, p. 65)


Matin d'hiver à Melbourne, (1922) de Frederick Simpson Coburn (1871-1960)
© MBAC

Après la Conquête, une partie de l'élite quitte le pays, les Anglais monopolisent le commerce des fourrures (les Canadiens français assument le rôle de «voyageurs») et la terre devient le refuge des Canadiens français. Après 1837, on en fera un mode de vie : notre destin, c'était de cultiver la terre. Ainsi en 1850, 80% des habitants vivent à la campagne; en 1901, 60% y sont encore. Pourtant, aux États-Unis comme en Europe, la révolution industrielle bat son plein. Ici, seuls les anglophones ont pris le virage. Il se trouvera bien quelques intellectuels pour faire valoir qu'il est suicidaire de délaisser le commerce pour se consacrer uniquement à l'agriculture. Peine perdue, leur parole ne sera pas entendue.

Très rapidement, toutes les bonnes terres sont occupées (en 1840, on s'installe au Lac-Saint-Jean; en 1870, dans les Laurentides, dans les Cantons de l'Est et en Beauce; en 1880, dans le Témiscaminque; en 1910, en Abitibi), ce qui explique en partie l'émigration massive (de 700 à 900 000) des Québécois vers les États-Unis et l'Ouest canadien à partir des années 1840 (ou encore, les tentatives de défricher des territoires aussi peu agricoles que l'arrière-pays de la Gaspésie, l'Abitibi ou même la Côte-Nord dans les années 1930).

Pour rendre plus attrayante cette mission agriculturiste, on développe le «mythe de la terre». C'est le lieu de la pratique des vertus fortes grâce auxquelles la nation va survivre.

Le travail de la terre était considéré comme le plus noble et le plus sain et le plus en harmonie avec la vision de l'homme prônée par l'Église. En vivant à la campagne, il était plus facile de conserver intactes les traditions, de faire survivre la nation. Le clergé fera tout pour que le peuple canadien-français conserve cette image de peuple du terroir, paisible, attaché à la famille et soucieux de garder sa foi et sa langue. (LAFORTUNE, p. 21)

Notre survivance reste intimement liée au sol. Le mot «sol» (trois lettres) contient tout le passé, toutes nos traditions, nos mœurs, notre foi et notre langue. Retranchez le sol de notre vie sociale, économique et politique et il n'est point de culture canadienne-française. (Claude-Henri Grignon, auteur d'Un homme et son péché cité dans VINCENTHIER, p. 76)

Le thème de la terre est associé étroitement à celui de la famille. Sur une terre, tous les membres travaillent. Les grosses familles sont à l'honneur : les nombreuses paires de bras sont appréciées. La terre cimente les familles, mais aussi les paroisses, qui ne sont que de grandes familles sous l'égide du curé.

L'habitant canadien aime beaucoup sa famille. Il aime aussi beaucoup la terre qu'il a faite, en tout ou en partie, pouce par pouce, pied par pied. C'est elle qui lui permet de mettre du pain sur sa table, qui chaque jour réunit en corvée joyeuse la bande de ses enfants et sa femme, elle-même rude aux travaux des champs comme à ceux de sa maison. [...] Tout le monde travaille et tous les métiers fonctionnent pour que, du labeur de chacun, tous aient à manger et à se vêtir. (Lionel Groulx, Chez nos ancêtres, Albert Lévesque, 1933, p. 23)

L'agriculturisme a peut-être contribué à la survivance du peuple québécois, mais il est à l'origine de son retard historique dans le domaine des affaires, car il constitue un refus du modernisme :

L'agriculturisme est avant tout une façon générale de penser, une philosophie de la vie qui idéalise le passé, condamne le présent et se méfie de l'ordre social moderne. C'est un refus de l'âge industriel contemporain qui s'inspire d'une conception statique de la société. Les agriculturistes soutiennent que le monde occidental s'est égaré en s'engageant dans la voie de la technique et de la machine. Ils dénoncent le matérialisme de notre époque [...] Selon eux, l'âge d'or de l'humanité aurait été celui où l'immense majorité de la population s'occupait à la culture du sol. Avec nostalgie et émoi, ils rappellent le «geste auguste» du semeur. Leurs écrits décrivent sans se lasser les scènes idylliques de la vie des champs [...] Que les hommes étaient bons et vertueux, lorsqu'ils étaient tous paysans! Comme ils sont devenus méchants, depuis qu'ils sont citadins! (BRUNET, p. 43)

L'exaltation du passé

Quand Lord Durham déclare que les Canadiens français forment «un peuple sans littérature et sans histoire» et que ce serait un grand privilège à leur accorder que de les assimiler, François-Xavier Garneau, suivi de quelques écrivains, se lève et entreprend de démontrer au lord anglais qu'il s'est fourvoyé.

J'ai entrepris ce travail dans le but de rétablir la vérité, si souvent défigurée, et de repousser les attaques et les insultes dont mes compatriotes ont été et sont encore journellement l'objet de la part d'hommes qui voudraient les opprimer et les exploiter tout à la fois. J'ai pensé que le meilleur moyen d'y parvenir était d'exposer tout simplement leur histoire. (F.-X. Garneau, cité dans DUMONT, p. 282)

Dans son Histoire du Canada, il se fait le chantre des hauts faits de nos ancêtres qui ont bâti la Nouvelle-France, qui ont fait flotter le drapeau français sur terre et sur mer, de l'est à l'ouest et du nord au sud de l'Amérique. Et même le plus humble de nos ancêtres mérite d'avoir son nom cité avant celui des plus grands rois :

L'on se tromperait fort gravement, si l'on voyait dans le planteur qui abattit les forêts qui couvraient autrefois les rives du Saint-Laurent, qu'un simple bûcheron travaillant pour satisfaire un besoin momentané. Son œuvre, si humble en apparence, devait avoir des résultats beaucoup plus vastes et beaucoup plus durables que les victoires les plus brillantes qui portaient alors si haut la renommée de Louis XIV. (F.-X. Garneau cité dans VINCENTHIER, p. 18)

Méprisés dans leur histoire, humiliés, les Canadiens français n'auront de cesse de magnifier leur passé au point de lui vouer un véritable culte. La nation canadienne-française doit se montrer digne de si nobles origines et il appartient à chacun, à sa manière, de faire fructifier cet héritage légué par les ancêtres.

De quoi est fait ce patrimoine qu'il faut conserver, même s'il faut renoncer à la modernité? Bien entendu, les deux premiers éléments en sont la foi chrétienne et la terre défrichée par les ancêtres. Mais ce sont aussi les vieux mots, les légendes, les chansons, les coutumes, les traditions emportés de France et conservés depuis. Plus encore, ce sont des «vertus» comme le courage, la fierté et l'héroïsme qui ont forgé l'âme canadienne-française  :

Issu de la nation la plus chevaleresque, héritier d'une langue et d'une culture indéniablement supérieure, vivant dans un continent aux horizons infinis et à la géographie grandiose, le peuple est déterminé à être à l'avenant de ce lourd héritage et ne saurait être félon à cet atavisme sans briser les lois immuables de la nature. (VINCENTHIER, p. 30-31)

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L'Église à Péribonka (The McMichael) - Clarence Gagnon (1881-1942) a illustré, de façon très idéalisée, Péribonka et la vie des pionniers. Ses tableaux n'en demeurent pas moins d'une grande beauté.  Marc-Aurèle de Foy Suzor-Côté et Jean-Paul Lemieux illustreront aussi Maria Chapdelaine.

Aucun livre  n'a mieux exprimé que Maria Chapdelaine ce devoir de transmission du patrimoine. Après la mort de son amoureux, Maria est bien tentée de quitter le Québec. Alors s'élève une voix intérieure qui lui dicte son devoir :

Nous sommes venus il y a trois cents ans, et nous sommes restés... Ceux qui nous ont menés ici pourraient revenir parmi nous sans amertume et sans chagrin, car s'il est vrai que nous n'ayons guère appris, assurément nous n'avons rien oublié.

Nous avions apporté d'outre-mer nos prières et nos chansons : elles sont toujours les mêmes. Nous avions emporté dans nos poitrines le cœur des hommes de notre pays, vaillant et vif, aussi prompt à la pitié qu'au rire, le cœur le plus humain de tous les cœurs humains : il n'a pas changé. Nous avons marqué un plan de continent nouveau, de Gaspé à Montréal, de Saint-Jean-D'Iberville à l'Ungava, en disant : ici toutes les choses que nous avons apportées avec nous, notre culte, notre langue, nos vertus et jusqu'à nos faiblesses deviennent des choses sacrées, intangibles et qui demeureront jusqu'à la fin.

Autour de nous des étrangers sont venus, qu'il nous plaît d'appeler des barbares; ils ont pris presque tout le pouvoir; ils ont acquis presque tout l'argent; mais au pays de Québec rien n'a changé. Rien ne changera, parce que nous sommes un témoignage. De nous-mêmes et de nos destinées, nous n'avons compris clairement que ce devoir-là : persister... nous maintenir... Et nous nous sommes maintenus, peut-être afin que dans plusieurs siècles encore le monde se tourne et dise : ces gens sont d'une race qui ne sait pas mourir... Nous sommes un témoignage.

C'est pourquoi il faut rester dans la province où nos pères sont restés, et vivre comme ils ont vécu, pour obéir au commandement inexprimé qui s'est formé dans leurs cœurs, qui a passé dans les nôtres et que nous devons transmettre à notre tour à de nombreux enfants : au pays de Québec rien ne doit mourir et rien ne doit changer... (Louis HÉMON, Maria Chapdelaine)

Cette vision passéiste entraîne un refus du modernisme, le rejet de toute idée nouvelle et l'intolérance face à tous ceux et celles qui oseront quitter les sentiers battus :

Partisans de la liberté de pensée et d'expression, propagandistes de la réforme de l'enseignement, tenants de la séparation de l'Église et de l'État, amateurs de littérature moderne sont également dénoncés comme des traîtres qui mettent en péril l'avenir national. (HAMELIN, p. 412)

Le Québec doit à tout prix projeter l'image de l'unanimité, s'il veut survivre, disait-on.

Conclusion

Contrairement à ce qu'on pourrait penser, la langue ne constitue pas le premier élément du nationalisme canadien-français.

Le postulat de base de cette idéologie, qui s'est développée entre 1850 et 1870, est que le catholicisme est le premier élément de la nationalité canadienne. [...] Le deuxième volet de cette idéologie est la «vocation» agricole du peuple québécois. (HAMELIN, p. 411-412)

La langue ne constitue que le dernier volet de ce nationalisme de différenciation :

Canadiens français

Canadiens anglais

religion catholique

religion protestante

spiritualistes

matérialistes

agriculture (campagne)

commerce (ville)

langue française

langue anglaise

Langue, religion et agriculture sont intimement liés. «La langue est la gardienne de la foi», «La terre sauvera la race», proclament les élites. Rester à la campagne, c'est rester français et donc, par la force des choses, rester catholiques. «Nul doute que dans cette politique, la langue française y trouvait son compte mais, plus encore, la religion.» (RIOUX, p. 43)

En somme, jusqu'à la Révolution Tranquille, un nationalisme passif, peu dérangeant pour les Anglais (si on excepte quelques sautes d'humeur dont les deux conscriptions), animera les Canadiens français. Ils comptaient assurer leur survie en se repliant sur eux-mêmes, en se tenant à l'écart des Conquérants. À partir de la Révolution Tranquille, le ton change : de passif qu'il était, le nationalisme devient beaucoup plus revendicateur.



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